Congrès 2017/2018 : Contrat quinquennal 2018-2022

Le Congrès a réuni les élus des trois conseils centraux (CA, CR et CFVU) le 2 juillet 2018. La présidence y a présenté le Contrat quinquennal 2018-2022.

Ce contrat confirme notre analyse du contrat de site 2018-2022 et y ajoute une annexe “Indicateurs et cibles de performance de l’Université de Strasbourg”. On y trouve de nombreux indicateurs sur nos missions : taux de réussite en licence, taux d’obtention des DUT, Master et doctorat, insertion professionnelle, évaluation des formations et des enseignements… Mais aussi des indicateurs politiques : endorecrutement des enseignants-chercheurs, développement de la formation continue, développement des ressources propres hors subventions pour charges de service public, taux d’occupation des locaux, ou encore évolution des surfaces immobilières.

Ces différents indicateurs ne sont pas neutres. Loin de ne proposer qu’une mesure de nos missions, ils les transforment, sans que jamais leur choix et leur pertinence n’aient été discutés et adoptés collectivement.

Un exemple : la réussite étudiante

Nous mesurons la réussite des étudiants uniquement par le taux de diplomation, sans jamais mesurer les conditions d’études ou les exigences pédagogiques. En réalité, nous prenons ainsi le décision de baisser les seconds pour améliorer le premier.

Le taux d’encadrement est ainsi passé de 22 étudiants par enseignants titulaires en 2010 à 29 en 2017, soit 30% d’augmentation… Sans jamais être mesuré puisque cet indicateur ne fait pas partie des documents stratégiques de notre université. Il pourtant facile à calculer.

La gouvernance par les nombres

Dernier mot à Alain Supiot in « La gouvernance par les nombres », Cours au Collège de France 2012-2014, Fayard, 2015 :

La raison du pouvoir n’est plus recherchée dans une instance souveraine transcendant la société, mais dans des normes inhérentes à son bon fonctionnement. Prospère sur ces bases un nouvel idéal normatif, qui vise la réalisation efficace d’objectifs mesurables plutôt que l’obéissance à des lois justes. Mais dès lors que leur sécurité n’est pas garantie par une loi s’appliquant également à tous, les hommes n’ont plus d’autre issue que de faire allégeance à plus fort qu’eux. Radicalisant l’aspiration à un pouvoir impersonnel, qui caractérisait déjà l’affirmation du règne de la loi, la gouvernance par les nombres donne ainsi paradoxalement le jour à un monde dominé par les liens d’allégeance

Congrès 2017/2018 : Lettre d’orientation budgétaire 2019

Le Congrès a réuni les élus des trois conseils centraux (CA, CR et CFVU) le 2 juillet 2018. La présidence y a présenté la Lettre d’orientation budgétaire (LOB).

Cette année, la LOB n’a pas été présentée à la Commission des finances. Le Congrès en a pris connaissance une semaine avant la séance du 26 juin et n’a pu l’amender. Elle a donc dû être adoptée sans modification possible.

Rappel de quelques éléments de contexte

  • L’augmentation du nombre d’étudiants universitaires (hors IUT) sera, pour les quatre prochaines années, d’environ 14,1 % sur la période 2015-2025, soit près de 1,5 % par an.” (p. 9)
  • la subvention pour charges de service public [sera vraisemblablement] identique à celle constatée en 2018” (p. 2)
  • l’attribution définitive des 750 M€ de la dotation non consomptible à l’IdEx Unistra pérennise le versement des intérêts de la dotation qui s’élèvent à 16,4 M€/an pour l’IdEx et 9,1 M€/an pour les LabEx.” (p.12)
  • Il faut également rappeler que l’université dégage depuis plusieurs années des bénéfices de plusieurs millions d’euros par an.

Axes stratégiques de la LOB 2018/2019

2019 s’inscrit dans la poursuite de la politique de 2018, il a été établi sans ambiguïté en séance que les deux axes stratégiques principaux de la présidence sont les suivants :

  1. Précarisation des missions d’enseignement et de recherche
    • malgré l’augmentation des effectifs étudiants, au mieux une stabilisation des effectifs d’enseignement et des dotations d’heures ;
    • pas d’augmentation notable de la dotation de fonctionnement des composantes et unités de recherche, sauf cas très exceptionnel ;
    • et poursuite du développement des financements par appel à projet, malgré le récent audit interne qui conclut que cela fait partie des plus graves problèmes de notre établissement.
  2. Développement d’une activité commerciale sans lien avec nos missions
    • La recherche de pistes nouvelles pour accroître les sources de recettes de l’établissement doit également constituer une priorité de l’établissement, en exploitant toutes les possibilités nouvelles offertes par la loi (cf. notamment : dérogation au principe de spécialité” (p.3) ;
    • la loi de finances 2018 permet en effet d’étendre le “principe de spécialité” qui limite les activités commerciales des administrations aux activités en lien avec ses missions, pour des activités de “valorisation du patrimoine immobilier” ;
    • les gains ne sont pas évalués et ne seront pas utilisés pour nos missions fondamentale.

Faisabilité et conséquences du développement d’une activité commerciale sans lien avec nos missions

Cette activité commerciale nécessite tout d’abord un investissement conséquent, notamment en terme d’immobilier pour accueillir cette activité. Ceci impose mécaniquement de limiter autant que faire se peut l’investissement dans les missions de l’université. Il faudra ensuite arbitrer l’utilisation de ces locaux, entre notre activité fondamentale et une activité rentable. Faudra-t-il déplacer des cours pour rendre les locaux disponibles à la location ? Surcharger encore nos groupes de TD faute de surface dédiée à l’enseignement ? Équiper un bâtiment pour accueillir une galerie marchande plutôt qu’un laboratoire ?

Avons-nous réellement les compétences pour développer une activité commerciale sans lien avec l’enseignement et la recherche ? Et puisque cette perspective est adoptée, pourquoi ne pas commercialiser directement ce que nous avons de plus abondant, nos formations ?

Depuis 2010, le nombre de nos étudiants a augmenté de 22%… Mais nos recettes sur droit de scolarités ont augmenté de 88%. Plus que jamais, le travail en conseil conditionne le modèle que notre université devra adopter à l’avenir.

La durée des thèses, critère de performance de la formation doctorale ?

Lors de la séance de la Commission de la Recherche (CR) du 13 juin dernier, la vice-présidente recherche et formation doctorale a présenté le nouveau mode de répartition des contrats doctoraux d’établissement entre les écoles doctorales (ED) de l’Unistra. Un critère censé évaluer la performance de la formation doctorale a été introduit pour ventiler près de 20% du nombre des contrats. Il revient à mettre en concurrence les ED par domaine en se fondant sur un indicateur qui mesure essentiellement… la durée des thèses !

Malgré plusieurs réactions (lettre ouverte, pétition, analyse, motion) en amont de la séance, alors même que les documents ont été transmis très tardivement aux élus, la CR n’a pu s’exprimer par un vote sur cette décision. Si une concertation large devrait sans doute être menée, ce n’est sûrement pas en imposant de manière autoritaire un mode de calcul discutable qu’il faut aborder la question. La décision est grave puisqu’elle diminue les financements de la recherche pour des disciplines importantes (Droit mais aussi Mathématiques, sciences de l’information et de l’ingénieur) sans aucune évaluation de la pertinence du critère employé.

Cette décision a été traduite dans le contrat quinquennal 2018-2022, sans annonce ni discussion. L’indicateur IC 5 “Réussite en doctorat” se limite strictement à la réduction de la durée des thèses, sans considération pour leur qualité scientifique, l’insertion professionnelle, ni même le taux d’abandon. Et cette durée sera calculé sans prise en compte des temps partiels, au mépris des conditions réelles de leur réalisation. Un seul objectif : augmenter à court terme le nombre de thèses soutenues et réduire aux maximum l’utilisation des locaux, au détriment de toutes les autres considérations, notamment humaines et scientifiques.

Cet épisode est parfaitement révélateur des évolutions récentes de l’ESR en général, de l’Université de Strasbourg en particulier : une prise de décision verticale sans concertation, en particulier des acteurs concernés ; un gouvernement par les chiffres, en apparence rationnel, en réalité incohérent, dont les effets sur la communauté et nos missions ne sont jamais mesurés ; le tout guidé par l’illusion selon laquelle la mise en concurrence artificielle aboutirait à une meilleure performance du système, ce qui reste à démontrer…

Pour aller plus loin :

Débat : Les conséquences de Parcoursup à l’Université de Strasbourg

 

Le débat s’est tenu le 23 mai 2018, entre (de gauche à droite) :

  • Julia Miltenberger, Conseil d’administration, élue sur la liste AFGES ;
  • Julien Gossa, Conseil d’administration, élu sur la liste Alternative ;
  • Colin Jude, président de l’UNEF à Strasbourg ;
  • Benoit Tock, vice-président en charge de la formation.

La rencontre est présentée et animée par Pierre France, de Rue89 Strasbourg (au centre).

Résumé

Ce débat montre que l‘on peine à démontrer l’efficacité de la loi ORE et de Parcoursup en matière d’orientation et de réussite des étudiants. Cependant, chaque université peut maintenant décliner son offre de formation en fonction d’une stratégie propre. Dès lors, se pose la question de la conservation d’une offre adaptée au plus grand nombre ou du développement d’une offre de formation d’excellence en direction des étudiants les plus brillants. Se pose également la question de la conservation de la gratuité des études, ou du développement d’une offre de formation payante. Autour de ces questions, deux idéologies se font face.

D’un côté, les opposants critiques à la réforme soutiennent qu’il est impossible de développer une nouvelle offre de formation d’excellence sans baisser la qualité des formations générales. D’abord, parce que le détournement des meilleurs étudiants conduit mécaniquement à la baisse des performances des formations générales. Ensuite, parce qu’un budget contraint impose des arbitrages, dans lesquels les formations d’excellence apparaissent forcément comme de meilleurs investissements. Les moyens des filières générales ont d’ailleurs été déjà drastiquement réduits ces dernières années, jusqu’à menacer les conditions d’étude du plus grand nombre.

De l’autre côté, la présidence de l’Université de Strasbourg revendique le développement d’une offre de formation d’excellence adossée à des diplômes d’université payants. Elle estime que ce développement est possible sans baisser la qualité des formations générales ni menacer la gratuité des études. Elle estime d’ailleurs que les faibles performances actuelles de l’Université de Strasbourg en terme de réussite des étudiants sont dues au défaut de volonté des équipes pédagogiques, bien plus qu’au défaut de moyens.

Quelques chiffres sur l’Université de Strasbourg

Entre 2010 et 2017, l’Université de Strasbourg a connu les évolutions suivantes :

  • les effectifs enseignants titulaires ont été diminués de 1906 à 1793, soit -6% ;
  • la dotation d’heures complémentaire ont été diminués de 130 000 à 97 000, soit -25% ;
  • les effectifs étudiants ont augmenté de 42000 à 52000, soit +22% ;
  • les recettes sur droits de scolarité ont augmenté de 14M€ à 25M€, soit +88%.

Les droits de scolarités sont la source principale de recette propre de l’établissement, et celle qui augmente le plus, bien plus vite que le nombre d’étudiants.

Version longue

Fact Checking

Plusieurs points de désaccord factuels sont survenus lors du débat. Voici les principaux, avec quelques informations qui permettent de se forger sa propre idée.

Peut-on développer des filières d’excellence pour les meilleurs étudiants sans dégrader les conditions de travail des autres ?

A budget contraint, il est irréaliste d’imaginer qu’on puisse développer de nouvelles formations sans réduire le financement de celles qui existent. De plus, les financements par projet, qui dominent à l’heure actuelle, défavorisent naturellement les filières existantes. Enfin, le jeu de concurrence entre filières conduit naturellement à des arbitrages budgétaires en défaveur des filières générales [J. Gossa, “Parcoursup : les universités font leur marché”, EducPros, 25/05/2018]

En réalité, sans un dispositif spécifique, il est inévitable que cette différenciation conduise à une reproduction des inégalités constatées dans le secondaires, y compris de financement [J. Gossa, “Parcoursup : Quelle place pour le lycée d’origine dans le tri des dossiers ?”, EducPros, 7/03/2018].

Le financement de l’étude des dossiers de candidature par le ministère était-il de 2 minutes par dossiers ?

Au niveau national, c’est bien ce que montre le dossier de presse du ministère : “8M€ de budget, 3 millions de vœux à étudier à l’Université, à 50€ l’heure complémentaire chargée : ce budget finance 3 minutes de travail par dossier [cependant il] ne couvre pas seulement l’étude des dossiers de candidatures, mais aussi la mise en place des parcours personnalisés” [J. Gossa, “Parcoursup, le compte n’y est pas”, EducPros, 23/04/2018].

Au niveau local, la règle générale est de 1 heure pour l’étude de 30 dossiers, soit 2 minutes par dossier.

Le nombre de places à l’université a-t-il été augmenté ?

Les capacités d’accueil ont été fixées sur la base de 10% supplémentaires par rapport aux effectifs de l’an dernier. Donc en réalité, elles “n’ont pas de rapport avec un quelconque financement, ni considération pour le nombre de salles, de chaises ou d’enseignants. Elles relèvent d’une manœuvre particulièrement trompeuse.” [J. Gossa, “Parcoursup : Comment créer des places à l’Université (d’un coup de baguette magique) ?”, EducoPros, 08/04/2018]

Quel est le taux de réussite dans l’enseignement supérieur ?

Comme cela a été dit pendant le débat, réduire ce taux à celui de la Licence (indicateur public, 38% pour l’Université de Strasbourg) n’a aucune pertinence. Il est en effet indispensable de prendre le système d’enseignement supérieur dans son ensemble, notamment parce que la réorientation occupe dans notre système national une place exceptionnelle au niveau mondial [E. Charbonnier, “Taux de réussite à l’université : la situation en France et dans les pays de l’OCDE”, le Monde Campus, 15/02/2013]. [Note d’information, “Réussite et échec en premier cycle”, MESRI, 2013] donnera des informations plus précises.

Il faut donc en réalité regarder le système de formation supérieure dans son ensemble.

D’après l’INSEE “ce sont désormais environ six jeunes de la classe d’âge des bacheliers sur dix qui, chaque année, prennent le chemin de l’enseignement supérieur, avec à la clé un diplôme pour 80 % d’entre eux” [Eclairage, “Les jeunes”, INSEE, 2016]. Les raisons de cette réussite, exceptionnelle au rang mondial, sont exposées dans [R. Bodin et S. Orange, “L’Université n’est pas en crise”, Revue européenne des sciences sociales, 2013].

Il est donc parfaitement exact de dire que le taux de réussite dans l’enseignement supérieur est de 80%, contrairement à ce qu’affirment les promoteurs de la réforme.

Existe-t-il des “méthodes mathématiques permettant de prédire les réussites des étudiants” ?

A notre connaissance, il n’existe aucun méthode mathématique permettant de prédire la réussite des individus. Nous trouvons d’ailleurs ça heureux.

Une confusion est cependant entretenue entre les taux de réussite des groupes en fonction de leur filières d’origine, et les chances de réussite des individus provenant de ces filières. En effet, si l’on peut mesurer avec précision la réussite d’un groupe, ceci ne dit absolument rien sur les chances de réussite de chacun des individus qui le composent : on peut bien provenir d’une filière qui a 10% de chance de réussite et réussir, comme d’une filière qui en a 90% et échouer.

La réussite étudiante dépend-elle plus d’une volonté des équipes pédagogique que des moyens qui lui sont octroyés ?

Cette affirmation est sans assise objective. S’il est toujours aisé de trouver de petits exemples d’amélioration dans certains contextes très particuliers, cela n’en fait pas une information pertinente d’un point de vue du pilotage. Considérer “qu’il est toujours possible de s’améliorer” pour justifier la baisse du nombre d’enseignants titulaires (-6%) et de la dotation d’heures complémentaires (-25%), alors que le nombre d’étudiants augmente (+22%) ne relève pas de la bonne gestion. Cette approche empêche même de considérer la question principale : quels efforts est-il raisonnable de fournir en regard de nos moyens, et quels moyens seraient nécessaires pour fournir de nouveaux efforts ?

 

Tenue d’un CA extraordinaire

Mail envoyé aux membres du Conseil d’administration de l’Université de Strasbourg

Chers collègues,

En l’absence du président Deneken, et à cause d’une méconnaissance totale de la procédure en un tel cas, le CA restreint prévu ce jour n’a pas pu se tenir.

Nous espérions pourtant pouvoir être informés par le président et échanger sur les inquiétudes actuelles qui pèsent sur notre Université, ce dont nous n’avons toujours pas eu l’occasion.

Nous demandons donc la tenue d’un CA extraordinaire sans délai, avec pour ordre du jour, un point d’information sur le mouvement dans notre université et le dispositif Parcoursup.

Pour ne pas pénaliser les collègues concernés par les délibérations de la séance annulée ce matin, ce CA extraordinaire devra être suivi d’un CA restreint avec pour ordre du jour celui de la séance prévue ce matin.

Les élus au CA sur la liste Alternative.

A leurs actes manqués : la Prime de Reconnaissance de l’Implication Pédagogique

On nous demande parfois si nous aurions réellement pu mener une politique alternative si nous avions été élus. Il est vrai qu’une grande partie du budget est engagée indépendamment des décisions politiques, et que l’autonomie des universités est loin d’être parfaite lorsqu’on connaît les carcans imposés par le ministère.

Cependant, bien des décisions de la présidence relèvent plus de l’idéologie que de la bonne gestion. Et pour ces décisions, nous aurions adopté une approche plus pragmatique. La nouvelle Prime de Reconnaissance de l’Investissement Pédagogique (PRIP) en est un très bon exemple.

Selon la délibération soumise au CA du 13 mars 2018, la PRIP est conçue car “il n’existe pas encore d’équivalent [de la PEDR] dans le domaine de la pédagogie, pour valoriser l’implication particulière en faveur de la formation et de l’insertion professionnelle des étudiants. L’Université de Strasbourg souhaite donc remédier à cela en instituant une prime de reconnaissance de l’implication pédagogique (PRIP) dont fait preuve un grand nombre de personnels de l’établissement.”.

Prime individuelle vs. prime collective

L’enseignement est une activité éminemment collective. Une collaboration permanente au sein d’une équipe pédagogique soudée est indispensable, notamment pour faire évoluer les enseignements tout en gardant le cursus cohérent, pour que les notions soient enseignées sous différents éclairages disciplinaires, pour que toutes les disciplines se retrouvent autour des projets tuteurés, pour connaître les groupes ou les étudiants avant les face-à-face, etc.

En enseignement, une équipe fait plus que la somme des individus. Cela relève donc du bon sens que la PRIP soit accordée à une équipe pédagogique.

Pourtant, la proposition de la présidence considère qu’il existe toujours un leader. Cette vision, hautement idéologique, va avoir un impact sur les personnels :

  • en multipliant les dossiers sur le même travail, elle va augmenter la charge des demandes et des évaluations ;
  • en n’attribuant pas la prime à tous leurs membres, elle va fragiliser les équipes pédagogiques soudées ;
  • en sélectionnant les dossiers les plus denses, elle va favoriser l’accaparement individuel de travaux collectifs.

Demande de prime vs. Rapport d’expérimentation pédagogique

Si les collègues impliqués dans l’enseignement sont en expérimentation permanente, rien ne les encourage à prendre le temps de formaliser ces expérimentations. Une approche pragmatique aurait conduit à utiliser cette prime pour justifier la rédaction de rapports d’expérimentation pédagogique, organisés, archivés et diffusés par l’université, afin de les partager avec toute la communauté universitaire, y compris hors de Strasbourg, favorisant ainsi la visibilité de l’établissement.

Pourtant, la proposition de la présidence, incapable de concevoir un autre système que hiérarchique, s’en tiendra au classique formulaire de demande de prime, nécessairement normé, et par nature peu propice à la diffusion des savoirs. Ces demandes seront gardées secrètes.

Evaluation des demandes de PRIP vs. discussions collectives des expérimentations pédagogiques

Dans la perspective de mettre en avant les pratiques pédagogiques innovantes, la collégialité et la visibilité de l’établissement, une approche pragmatique aurait conduit à ce que ce soit les expérimentations pédagogiques qui soient discutées et non d’abord les demandes qui soient évaluées, sans que des critères clairs n’aient été définis. Ainsi, ces évaluations auraient dû prendre place dans une grande conférence de pédagogie universitaire de l’Université de Strasbourg, durant plusieurs jours, avec des présentations d’invités et des ateliers de travail. L’IDIP a l’expérience nécessaire pour l’organiser, et l’IDEX peut aisément le financer.

Pourtant, la proposition de la présidence, en restera à des évaluations à huis-clos, par une commission ad hoc, sans communication ni des dossiers ni des expériences présentées et encore moins des critères d’appréciation.

Annonce vs. Dispositif

Une approche pragmatique conduirait donc à dimensionner la PRIP pour en faire un dispositif de développement de l’implication pédagogique, en veillant a minima à récompenser tous les collègues les plus impliqués, et pour motiver les autres à s’y impliquer. De plus, au moment de sa mise en place, il faut s’attendre à ce que “un grand nombre de personnels de l’établissement” veuillent faire reconnaître leur implication, sans doute plus que dans les prochaines années.

Pourtant, la présidence va limiter le budget de cette prime à 120k€, soit 15 lauréats par an à une prime de 4k€ par an pour 2 ans. 2 ans de travail ne sont pas suffisants pour correspondre aux critères d’attribution, ce qui rend difficile les renouvellements et décourage donc la continuité de l’implication. Cette prime s’adresse à tous les personnels, elle sera donc attribuée à moins de trois personnels pour mille par an, y compris la première année. Elle va donc faire beaucoup plus de déçus que de récompensés. Le coût de la PRIP est pourtant faible dans les presque 12M€ du budget annuel des primes et indemnisations. C’est donc par pure idéologie que la présidence va décider de garder cette prime anecdotique, et se contenter de l’effet d’annonce qu’elle produira plutôt que d’un véritable dispositif.

Conclusion

Il était tout à fait possible par une approche pragmatique de mettre en place une PRIP qui représente un véritable dispositif d’encouragement à l’implication pédagogique collective, profitant à la fois aux étudiants et aux personnels, et assurant la visibilité de l’établissement, par la diffusion des savoirs en toute transparence et collégialité.

Mais par pure idéologie, ces PRIP ne serviront qu’à récompenser les rares collègues choisis individuellement par une procédure discrétionnaire et à produire un effet d’annonce, au risque de démotiver de nombreux collègues et d’affaiblir des équipes pédagogiques soudées.

Motion à propos du projet de loi ORE

Des élus de l’Université de Strasbourg s’inquiètent vivement des conditions de mise en œuvre du Plan étudiants proposé par le gouvernement. L’Université est obligée de travailler sur la mise en œuvre d’une réforme non encore votée par le Parlement, sans que lui soient affectés de moyens humains, matériels ou financiers, notamment pour la gestion des dossiers de candidature ou encore l’établissement de parcours spécifiques.

Ce travail se fait donc au détriment des missions premières de l’Université, dans des conditions d’urgence ne permettant pas de s’assurer de la qualité de sa réalisation.

Ces élus expriment également leur préoccupation quant aux conséquences de l’application des attendus nationaux, en particulier en raison du risque de sélection sociale qu’induisent les critères déterminés par chaque université et/ou chaque filière.

Matthieu Boileau, élu à la CR
Agnès Braud, élue à la CR
Yann Bugeaud, élu à la CR
Raphaël Eckert, élu à la CR
William Gasparini, élu à la CR
Pierre Gilliot, élu au CA
Julien Gossa, élu au CA
Corinne Grenouillet, élue à la CR
Christian Jacques, élu CFVU
Ariane Lançon, élue à la CR
Franck Macrez, élu au CA
Hélène Michel, élue au CA
Thierry Pradier, élu à la CR
Laurence Rasseneur, élue au CA
Anne Rubin, élue au CA
Jérémy Sinigaglia, élu à la CR
Christine Vespa, élue au CA
Stéphane Viville, élu à la CR
Marc Wambst, élu à la CFVU
Barbara Weisbeck, élue au CA

Lettre d’information suite au Conseil d’Administration du 14/11/2017

Le Conseil d’Administration, réuni le 14/11/2017, a été particulièrement long et confus. Il a été caractérisé par une difficulté insurmontable de comprendre l’objectif des délibérations, comme d’obtenir des réponses à des questions pourtant simples et précises.

Nous sommes face à un inquiétant défaut de transparence qui empêche les administrateurs de prendre des décisions en toute connaissance de cause. Objectivement, ce dysfonctionnement est extrêmement dommageable pour l’Université.

Il est impossible de rendre compte de l’intégralité des échanges qui ont duré presque six heures, c’est pourquoi nous devons nous limiter à l’essentiel. Cependant, nous insistons sur le fait que ce que nous décrivons n’est ni une mise en avant des points les plus problématiques, ni des passages sortis de leur contexte, mais un échantillon représentatif du travail en séance sur les trois points principaux traités en séance :

  1. Réintégration des actifs ADUEIS-SILABE
  2. Contrat d’Objectifs et de Moyens de l’École de Management
  3. Régime d’intéressement

Malgré les engagements de M. Deneken pris devant le Conseil du 13 décembre 2016 et malgré nos demandes récurrentes, nous n’avons toujours pas accès aux listes de diffusion des personnels et pas de rubrique publique dans l’Actu. Aussi, nous vous encourageons à diffuser largement notre lettre d’information.

Nous nous tenons à l’entière disposition de toute la communauté pour donner encore plus d’information sur la tenue des CA.

1. Réintégration des actifs ADUEIS-SILABE

L’ADUEIS-SILABE (Association pour le Développement des liens Universités-Entreprises dans les Industries de Santé – SImian LABoratory Europe) est l’objet de deux problèmes : d’une part, son activité est dénoncée par des associations de protection des animaux ; d’autre part, la presse a indiqué qu’elle faisait l’objet d’une « enquête judiciaire pour “abus de confiance et autres détournements” » (voir Le Monde et Rue89Strasbourg). Il nous semblait que ce dossier devait donc être traité avec sérieux.

Absence de communication des informations aux administrateurs en temps utile

Pourtant, c’est seulement au travers de l’ordre du jour que nous avons appris que la présidence souhaitait procéder à une dissolution-dévolution de l’association, c’est-à-dire à la réinternalisation de l’actif et des activités de l’ADUEIS au sein de l’Université. Nous avons été surpris de ne recevoir pour document qu’une simple et unique page dénuée d’information utile. Cela nous a contraints à demander l’ensemble des documents nécessaires. Une archive de 89 Mo de documents nous a été envoyée 24h avant le début du CA, de telle manière que nous n’avons pas pu les étudier. Seule certitude : les deux principaux documents demandés, à savoir un descriptif des actifs et un plan de la dissolution-dévolution, ne nous ont pas été communiqués du tout.

Le diaporama présenté en séance comportait pourtant des éléments d’appréciation qui auraient pu nous être utiles en amont. De même en séance, il a été fait mention d’autres documents, apparemment disponibles, tels que ceux qui ont été communiqués aux membres de l’association au moment de la décision de dissolution. Mais là encore non communiqués aux administrateurs avant le Conseil.

La présidence ne peut ignorer que cette absence de communication des informations en temps utile compromet la légalité de cette délibération. Pourquoi ce manque de sérieux ? Pourquoi prendre ce risque ?

Nous avons donc proposé de repousser le vote le temps de pouvoir étudier correctement ce dossier. C’est alors que nous avons appris que l’association avait déjà été dissoute le 31 août 2017, et qu’il était demandé au CA de l’Université d’accepter cette dissolution-dévolution pour que le processus de liquidation des actifs et des passifs puisse se poursuivre. La présidence nous a, de plus, expliqué que nous n’avions d’autre choix que d’approuver la délibération, sans quoi nous serions responsables de la mise au chômage des personnels de l’association.

La présidence a refusé de nous indiquer pourquoi elle n’a pas informé en temps utile les administrateurs de cette dissolution, alors même qu’elle en avait eu la possibilité lors de la séance du CA de septembre. Pourquoi ce manque de transparence envers les administrateurs ?  

En procédant ainsi, M. Deneken a objectivement renoncé à tenir son engagement de campagne de ne jamais mettre les administrateurs devant le fait accompli :

Extrait du PV du CA du 13/12/2016, engagements du candidat Michel Deneken :
« arrivera-t-il que le Conseil d’Administration soit mis devant le fait accompli ?
M. DENEKEN répond par la négative. Cela ne peut pas être une manière de gouverner ; même les membres de sa liste ne le suivraient pas. »

Le problème de réputation

La délibération que nous devions adopter stipulait la chose suivante : « L’organisation actuelle de l’ADUEIS et sa plateforme technique SILABE est complexe sur le plan économique. Elle fait l’objet de manière récurrente d’observations qui peuvent potentiellement nuire à la réputation de l’Université ». En séance la question de la e-réputation a été longuement évoquée par la présidence.

Nous avons demandé en quoi l’intégration de l’ADUEIS au sein de l’Université résolvait ce problème de réputation. Il nous a été répondu que cela ne le résolvait pas, mais que d’autres raisons existaient, notamment la fin du FUI (fonds unique interministériel) finançant le dispositif. Cet argument peut paraître bien faible au vu de l’ampleur du dossier, d’autant que le FUI est fini depuis 2014, sans qu’une action n’ait été entreprise plus tôt.

Délibération

Finalement, la délibération a été modifiée en séance (la modification est en gras) :

« Le CA de l’université de Strasbourg approuve la possibilité de dissolution-dévolution de l’association ADUEIS prononcée en date du 31/08/17 au profit de l’Université de Strasbourg et la potentielle réintégration des actifs et passifs au sein du centre de primatologie. »

Elle a été rejetée par les élus des listes Alternative 2017 ainsi que les élus BIATSS CGT et SNASUB, et approuvée par tous les autres administrateurs, sans communication des documents en temps utile, sans présentation d’un plan de dissolution-dévolution, et surtout, si on en mesure bien les risques, sans qu’on sache quel intérêt réel cette délibération représente pour l’Université.

Nous espérons sincèrement que cette délibération n’aura pas d’impact négatif sur notre établissement. Et nous posons à nouveau la question : pourquoi ce manque de transparence ?

2. Contrat d’Objectifs et de Moyens de l’École de Management

Ce contrat est particulièrement bien structuré et clair. Il présente une grande ambition, non seulement au niveau de l’augmentation des effectifs étudiants (de 3000 à 4000 en 5 ans), mais aussi de nombreux chantiers (Maison du leader, flex-office, commercialisation, etc.). Dans le contexte actuel des écoles, notamment de commerce, cette ambition peut apparaître tout à fait pertinente.

Cependant, notre liste a été élue sur un programme de partage plutôt que de concentration des moyens. Nous avons donc attiré l’attention sur le passage suivant :

« Dans un premier temps, l’Université s’engage à soutenir la stratégie de l’école selon des
critères de dotations prenant en compte la totalité des effectifs étudiants de l’école. Ce
soutien se traduira notamment par la dotation de personnels titulaires enseignants (Maitres
de Conférences, Professeurs) et BIATSS en rapport avec les effectifs étudiants totaux.

Dans un second temps, elle autorisera comme par le passé l’EM Strasbourg à recruter sur ses
ressources propres de nouveaux personnels enseignants-chercheurs et BIATSS contractuels. »

Notre question était simple : l’université s’engage-t-elle à augmenter la dotation en personnel de l’EM ? Cette question simple n’a toutefois pas suscité de réponse claire :

  • Tout d’abord il nous a été affirmé que le texte était mal rédigé, ce qui ne nous semble pas être le cas.
  • Ensuite, il nous a été expliqué que la notion de « titulaires » et de « contractuels » différait entre l’université et l’EM. Pour l’EM, « titulaire » correspond à un poste de fonctionnaire payé par l’université, et « contractuel » à un CDD payé par la composante. Nous ne voyons donc aucune différence avec l’université sur ce point.
  • Puis il nous a été certifié que la dotation n’augmenterait pas. Mais la clarification faite à notre demande a montré qu’il s’agissait alors de la dotation budgétaire, alors que nous nous intéressions à la dotation en personnel.
  • Enfin, il nous a été assuré qu’il n’était envisagé ni de revoir les critères de dotation ni d’augmenter la proportion de fonctionnaires. C’est pourtant ce qui est écrit dans ce contrat.

Le contrat a donc été modifié en séance pour enlever « Dans un premier temps » et « titulaires », avec de nombreuses réassurances de la présidence.

Le COM de l’EM a donc été adopté à l’unanimité moins deux abstentions d’élus Alternative. Cependant, sa rédaction, sinon son interprétation, problématique, nous obligeront à une vigilance particulière lors des prochaines commissions des emplois.

L’impossibilité d’obtenir une réponse claire à des questions aussi simples interroge : comment comprendre ce manque de transparence ?

3. Régime d’intéressement

Nous vous en avons suffisamment parlé ici, et le résumé mis à jour est visible .

La présidence avait bien pris connaissance de notre note juridique, mais l’a disqualifiée rapidement, sans juger bon d’apporter une réponse écrite. À ce stade, la légalité de cette délibération nous paraît toujours fortement sujette à caution.

Finalement, nous avons exposé ainsi notre position : doubler discrétionnairement le salaire de certains est une faute politique majeure alors que le point d’indice de tous est gelé depuis bientôt une décennie, que les charges de tous ont tant augmenté, et que l’Université de Strasbourg est celle qui a supprimé le plus de postes depuis 2010. C’est donc une mesure non seulement injuste, mais en plus à même de provoquer une démotivation des collègues effectuant les missions « de base », comme les qualifient la présidence. Il nous a été répondu que c’est précisément l’objet du suivi de carrière.

C’est donc ainsi que nous pouvons désormais résumer la politique de l’Université de Strasbourg : doublement de salaire pour quelques-uns, suivi de carrière pour tous les autres.

Enfin…

Durant presque 6 heures de séance, deux délibérations dangereuses et à la légalité douteuse auront donc été adoptées… Mais pas un mot n’aura été prononcé sur la réforme en cours de l’enseignement supérieur.

Dans de telles conditions de confusion et d’opacité, le Conseil d’administration de l’Université peut-il encore jouer son rôle ?

À qui profitera la nouvelle prime de l’Université de Strasbourg ?

Chères et chers collègues,
Les élus à la Commission de la Recherche (CR) de l’université, lors de sa séance du 18 octobre 2017, comme avant eux les représentants des personnels au Comité technique d’établissement (CTE) le 5 octobre, ont été confrontés au projet de « création d’un régime d’intéressement scientifique » à l’Université de Strasbourg. Ce dossier est à l’ordre du jour du prochain Conseil d’administration (CA), le 14 novembre. Nous vous invitons à prendre connaissance de nos analyses suivantes :

Ce dispositif permettra d’instaurer des suppléments de rémunération dans l’objectif d’attirer ou de retenir à l’Unistra quelques chercheurs jugés de très haut niveau. Ces suppléments peuvent aller jusqu’au doublement de leur salaire, et seront en partie financés directement sur les budgets de l’université. Le document ci-joint précise que la décision d’attribution sera prise par le président de l’université et tenue totalement secrète, y compris pour vos représentants élus.

Dans une période de forte tension budgétaire, alors que les effectifs ont dépassé les 50 000 étudiants à l’Université de Strasbourg, alors que le nombre d’enseignants-chercheurs y a baissé de 6% depuis 2011, il nous paraît nécessaire que s’organise un débat sur l’instauration d’un système de sur-rémunération, distribuée de manière discrétionnaire, à la demande de quelques-uns et sur le budget de tous, et qui introduit un mode de rémunération individualisé.

Nous vous invitons donc à en discuter le plus largement possible, et surtout à prendre contact avec les élus du CA avant la réunion du 14 novembre 2017 afin que votre avis soit pris en compte.

Les élus Alternative 2017 aux conseils centraux
contact@alternative2017.eu

L’histoire de la prime d’intéressement (fiction politique)

Ce récit imaginaire retrace le parcours idéal d’un texte au travers des instances de l’université. La version réelle est ici.

Suite à un décret et une circulaire, à la demande de la présidence, qui s’appuie sur une consultation de toute l’équipe de direction, une proposition de dispositif de primes d’intéressement a été rédigé par le service juridique de l’université.

Cette proposition de dispositif a été visée par la présidence, qui a vérifié qu’il correspond bien à ses attentes, et a demandé quelques modifications.

Ensuite, le projet a commencé son parcours institutionnel.

Première étape : le comité technique d’établissement (CTE).

Cette instance paritaire, donc constituée d’élus syndicaux représentant les personnels, a fait une première lecture technique de cette proposition.

En plus du document décrivant le projet de dispositif, les délibérations précédentes à propos du même dispositif ont été fournies aux élus :

Afin de la rendre conforme avec les intérêts des personnels, les objections suivantes ont été formulées par les élus :

  • la mesure comporte un risque d’inflation incontrôlable à terme, en raison de :
    • l’absence de plafond budgétaire ;
    • l’absence d’évaluation claire et sincère du coût de cette mesure ;
  • le processus de sélection des bénéficiaires est notoirement opaque, en raison de :
    • critères d’attribution flous ;
    • d’un comité de sélection ad-hoc constitué exclusivement par le président ;
    • d’une liste de bénéficiaires strictement confidentielle ;
    • les rapports des bénéficiaires justifiant de l’importance de leurs travaux pour l’établissement ne sont dus qu’en fin de l’obtention de la prime ;
    • et de l’absence de diffusion de ces rapports.

Après avoir émis ces réserves, les élus ont estimé que cette mesure ne favorisait pas les personnels qu’ils représentent, et était en opposition avec les valeurs du fonctionnariat, notamment puisqu’elle visait à s’affranchir des grilles de rémunération.

En conséquence, ce projet de dispositif n’a pas été approuvé par le CTE.

Suite aux observations des partenaires sociaux, le projet de dispositif a été substantiellement modifié par la présidence, notamment par :

  • l’établissement de projections budgétaires claires et sincères ;
  • la précision des critères d’attribution ;
  • le remplacement de la procédure de sélection ad-hoc par la procédure d’attribution des primes nominative déjà en fonctionnement, par les conseils en formation restreinte.

Deuxième étape : la commission de la recherche (CR).

La CR a étudié et débattu la proposition sur la base du texte modifié et des discussions du CTE, qui ont été présentées en séance en au même titre que la proposition. Les améliorations du texte ont été présentées, mais surtout les observations du CTE qui n’ont pas été suivies d’effet, ce qui a intégralement été justifié par la VP Recherche :

  • l’absence de plafond budgétaire n’a pas été adopté afin de conserver la possibilité de monter en charge ce dispositif s’il s’avérait efficace ;
  • les rapports des bénéficiaires n’ont pas été prévus en condition préalable à la prime pour ne pas transformer le dispositif en prime traditionnelle, et conserver un caractère exceptionnel ;
  • ces rapports n’ont pas été rendus publics pour qu’ils puissent contenir des éléments confidentiels.

Conformément au rôle de la CR, les discussions se sont portées sur l’impact de cette proposition sur la mission recherche de l’université. Le débat a été de très bonne tenue, tous les élus se sont exprimés et ont été écoutés grâce à la direction bienveillante de la VP recherche, qui s’est strictement tenue à son rôle d’animation du débat, sans jamais exprimer d’opinion personnelle afin d’éviter de transformer la discussion en un “pour ou contre la direction” stérile.

En sus, Paula Stephan, spécialiste de l’économie de la science, a été entendue par la CR, et a fait profiter d’une connaissance précise de l’expérience internationale de ce type de dispositif.

Il est ressorti de ce débat que :

  • la nouvelle procédure, plus transparente et démocratique, limite le risque de dérive dû à l’absence de plafond budgétaire ;
  • cependant, les primes sur contrat doivent êtres soumises à un seuil pour éviter que des chercheurs multiplient les petits contrats dans le seul but d’augmenter leurs revenus ;
  • les bénéfices de la mesure pour la mission recherche ne sont pas évidents, puisqu’elle vise à améliorer l’attractivité de l’établissement, mais :
    • les taux de sélection aux concours montrent que cette attractivité est déjà excellente ;
    • mécaniquement, la hausse de certains salaires se traduit par la baisse des effectifs.
  • ces bénéfices seraient grandement améliorés par la diffusion des rapports des bénéficiaires, établis à l’issue de la première année d’attribution ;
  • la prime doit pouvoir être suspendue si le rapport n’indique pas de bénéfices clairs pour la communauté ;
  • l’utilisation du dispositif pour attirer de potentiels nobélisables n’a pas de rapport direct avec la fonction recherche de l’université et son attractivité, mais avec son rayonnement et sa valorisation ;
  • dans cet objectif, il est indispensable que la liste des bénéficiaires soient connue, pour les astreindre à un devoir d’exemplarité ;
  • il est préférable que le montant de la prime attribuée à chaque bénéficiaire soit confidentielle, afin d’éviter une inflation des propositions financières des établissements concurrents ;
  • le dispositif doit être évalué dans trois ans, et suspendu si des bénéfices clairs pour la communauté ne peuvent être établis, notamment vis-à-vis de la baisse conséquente des effectifs.

Suite aux remarques des élus de la CR, la proposition a de nouveau été amendée par la présidence, en suivant l’intégralité des propositions formulées.

La proposition est en conséquence largement adoptée par les élus de la CR.

Troisième étape : le conseil d’administration (CA)

Le rôle du CA est de conclure l’adoption de la proposition. Son texte lui a été transmis, ainsi que les observations du CTE et de la CR. En séance, la VP recherche a expliqué le parcours du texte, et les modifications successives.

La confiance dans le processus d’élaboration des textes, ainsi que la pleine communication entre les conseils, permettent de ne plus revenir sur ce qui a déjà été discuté. Ainsi, le CA peut pleinement jouer son rôle, qui n’est pas d’amender les textes, mais de décider si ceux-ci sont conformes avec les valeurs et les intérêts de l’établissement, des usagers, des tutelles et de la société, chacun y étant représenté.

Les débats ont également été de très bonne tenue. La VP Recherche s’est contentée de fournir tous les éléments factuels nécessaires à la prise de décision, qu’ils soient favorables ou défavorables à la mesure. Le président s’est strictement tenu à son rôle d’animation et d’arbitrage, disqualifiant simplement les arguments qui empêchent au débat d’avoir lieu (notamment “il n’y a pas le choix”, “c’est ce qu’il se fait ailleurs”, “c’est la loi”, “ça ne coûte presque rien” ou encore les comparaisons hasardeuses avec le sport-spectacle). C’était la condition indispensable pour que tous les élus s’expriment et votent librement, sans craindre de s’opposer à la présidence, et donc avec pour seul souci la bonne administration de l’établissement.

Conformément à son rôle, le CA a donc discuté :

  • du rapport entre le bénéfice de mieux rémunérer quelques chercheurs, et le risque de continuer de baisser les effectifs ;
  • des efforts budgétaire qui faudrait concrètement faire pour concurrencer les établissements étasuniens, et du risque de ne pas arriver à les soutenir ;
  • des opportunités et risques de créer un marché du chercheur prestigieux, jusqu’ici inexistant dans notre système, et qui est une rupture sans précédent avec les valeurs traditionnelles du fonctionnariat français et ce qui fait son efficacité ;
  • et enfin, avec un soin tout particulier, de l’impact d’une telle mesure sur les personnels en poste, dont le point d’indice est gelé depuis 2010 et qui se sentent de plus en plus dévalorisés.

Toutes ces discussions n’ont pas reposé sur des convictions idéologiques ou des allégeances, mais sur les conclusion du congrès extraordinaire d’orientation qui a été tenu en début de mandat. Ce dernier a permis de clairement fixer les grandes orientations stratégiques de l’établissement. Il y a notamment été fixé la position de l’établissement vis-à-vis de la LRU, dont est issu ce dispositif, et plus largement vis-à-vis de l’ouverture du marché de l’enseignement supérieur et de l’économie de la connaissance.

Ces grandes orientations stratégiques sont courageuses, notamment parce qu’elles ne se contentent pas de suivre l’air du temps mais prennent en compte toute la dimension politique et sociale d’une université comme la nôtre, sont publiquement affirmées, et montrent l’exemple dans un système universitaire en pleine mutation.

Et pour avoir du sens, ces orientations stratégiques ont été décrites en excluant volontairement tout le vocabulaire technocratique habituel, toute expression vide de sens et tout slogan politique.

Sans ces orientations ainsi décrites, rien n’aurait de sens et nous n’aurions jamais administré aussi bien notre belle université.

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