À l’Université de Strasbourg, la contradiction est-elle encore possible ?

Communiqué des élus au Conseil d’administration de l’Université de Strasbourg sur les listes Alternative.

La démocratie commence par l’écoute, se poursuit par le débat et se termine par une décision partagée par tous.

Depuis 18 mois que nous sommes élus au conseil d’administration de l’université, nous avons pu constater que ces conditions de bonne tenue du débat démocratique ne sont pas réunies. Sur tous les dossiers importants (ADUEIS, dévolution du patrimoine, grands investissements…), nous finissons systématiquement par découvrir que les décisions sont prises et suivies d’effets avant la consultation des administrateurs, qui ne sont d’ailleurs pas destinataires des informations nécessaires à une décision éclairée. Durant ces 18 mois, le conseil d’administration n’a pas pris une seule fois une décision qui divergeait, ne serait-ce qu’un tant soit peu, de celle de son Président.

La mise en œuvre de la loi ORE comme la gestion des mouvements sociaux qui traversent actuellement notre université ne font pas exception.

Nous avons dû voter la limitation des capacités d’accueil de toutes les filières, qui conduit mécaniquement à la sélection, sans écoute ni débat, sans prendre en compte la position de la CFVU qui ne les avait pas votées. Pas une seconde nous avons eu l’occasion de réfléchir et discuter collectivement du bien-fondé de cette mesure, de son impact sur notre université, sur les familles alsaciennes ou sur l’emploi local. M. Deneken, président de l’université, a coupé court à la discussion que nous avions demandée en déclarant : « L’université n’a plus les moyens d’accueillir tout le monde, certains n’ont rien à y faire » (M.Deneken, CA du 23/01/2018). C’est cette vision qui préside à la mise en œuvre de la loi ORE à l’Université de Strasbourg.

Les étudiants mobilisés contre cette vision le sont maintenant depuis deux mois.

Pour toute écoute, ils ont été agressés par l’extrême droite, puis accusés à tort d’avoir commis des dégradations dans le Palais U., avant que M. Deneken ne demande aux forces de l’ordre de les évacuer. M. Deneken déclarera sur France Inter : « Il a fallu libérer le Palais U., qui était occupé ».

Pour toute écoute, alors qu’ils se réunissent tous les deux jours en assemblée générale, ils n’ont reçu qu’une proposition d’entrevue en huis clos qu’ils ne pouvaient accepter. Cela permettra de les accuser de refuser le dialogue, alors qu’ils refusent le huis clos.

Pour tout débat, a été annoncée, hier pour aujourd’hui, une « conférence-débat » dont la tribune sera exclusivement constituée de vice-présidents de l’université convaincus par la vision présidentielle de la loi ORE. Cela permettra de se prévaloir du débat, sans venir discuter dans les AG ni ouvrir la tribune à des opposants à la vision présidentielle de la loi ORE.  Les élus Alternative regrettent n’avoir été ni consultés, ni même conviés à cette initiative tardive, mais ils y participeront tout de même de manière constructive.

Pour toute décision, ils n’ont reçu qu’un vote électronique, dont la majorité des destinataires ne sont ni informés, ni concernés, tant par la loi ORE que par les blocages, et dont la question ne porte que sur ces derniers et non sur le débat de fond. Les étudiants mobilisés ne pourront pas reconnaître la légitimité de ce vote. Opposer ainsi les uns et les autres ne représente-t-il pas le risque de tendre encore plus la situation ?

Non seulement les administrateurs de l’Université n’ont pas été consultés sur ces décisions, mais ils n’ont même pas été informés. Nous les avons découverts sur les réseaux sociaux. Nous avons pourtant demandé, le lendemain de l’annulation du CA du 10 avril, le 11 avril, l’organisation d’une séance exceptionnelle du conseil d’administration afin de rétablir le dialogue et d’apaiser la situation. Seuls les élus AFGES ont répondu aux administrateurs, indiquant qu’ils n’estiment pas ce geste d’apaisement nécessaire. Ni le président ni les membres de son équipe n’ont su répondre à notre proposition.

Ce qui se joue aujourd’hui n’est pas la tenue des examens. Ce qui se joue aujourd’hui, c’est l’adoption de cette vision qui accepte que notre « université n’a plus les moyens d’accueillir tout le monde ». Cette vision qui trouve solution à ce manque de moyens en considérant que « certains n’ont rien à y faire ». Mais qui n’a rien à faire dans notre université ? Ceux qui ne « réussissent pas », qu’on ne sait ni définir ni identifier ? Ou ceux qui ne représentent pas une solution à ce manque de moyens ?

Ce qui se joue aujourd’hui, c’est le modèle de l’Université de Strasbourg, le modèle de l’enseignement universitaire en Alsace, et plus généralement en France. Mais à l’Université de Strasbourg, la contradiction est-elle encore possible ?

Parcoursup : La charrue avant les voeux. Que faire en pratique ?

Ce 23 janvier 2018, le conseil d’administration a voté des capacités d’accueil pour toutes ses filières, faisant entrer l’Université de Strasbourg dans l’ère de Parcoursup. Mais n’avons-nous pas mis la charrue avant les voeux ?

Il s’agit maintenant d’organiser le tri des candidatures en L1, tri qui conduit à ce que les bachelier.ère.s reçoivent trois réponses : “oui” ; “oui si” pour imposer une mesure d’accompagnement ; ou “en attente” pour celles et ceux qui ne seront pas les mieux classés. Mais mettre en œuvre une réforme qui n’est même pas encore finalisée est délicat pour les collègues enseignant.e.s dans les filières non-sélectives :

  • Pourquoi mettre “en attente” des bacheliers, alors que Il n’y a pas de sélection stricto sensu ?
  • Comment décider des “oui si” sans connaitre ni la nature ni le financement des mesures d’accompagnement qu’ils imposeront ?
  • À quoi engagent ces “oui si” avec le “contrat de réussite pédagogique” (ou “contrat individualisé pour la réussite en licence”, IRéEL) “conclu entre l’étudiant et son directeur des études” ?
  • Quel sera la compensation inscrite au référentiel des tâches des enseignants chercheurs pour l’étude des dossiers ?

Le Status quaestionis rédigé par  la vice-présidence formation pose les bonnes questions, mais sans donner de réponses définitives. Nous aurions préféré temporiser, le temps que la loi soit finalisée, et surtout que nous ayons collectivement le temps de définir et expérimenter des mesures d’accompagnements avant de s’engager en les imposants à l’aveugle à des néo-bachelier.ère.s.

À ce stade, que peuvent faire les  équipes pédagogiques ?

  • Si elles décident de ne pas investir dans Parcoursup : elles valideront simplement le classement par défaut, le résultat sera identique pour les candidat.e.s.
  • Si elles décident de prendre une année de recul avant de proposer des mesures d’accompagnement : elles procéderont à un tri rapide sans “oui si” et exporteront les dossiers. Dans un an, elles identifieront les étudiant.e.s qui auraient profité de mesures d’accompagnement et tenteront de trouver les indicateurs de divination dans les dossiers.
  • Si elles décident de donner des “oui si” dès cette année : il faut s’attendre à un travail conséquent d’analyse des dossiers. On peut s’inspirer de ce petit manuel.

Dans ce dernier cas, il faudra penser à scrupuleusement mesurer le temps passé à cette tâche. Cette information nous sera cruciale pour défendre un référentiel de tâches à la hauteur de vos besoins plutôt qu’en fonction des moyens, et c’est pourquoi nous vous invitons à remplir ce formulaire.

Retrouvez nos textes sur http://alternative2017.eu/, et notamment nos revues de presses, et suivez l’actualités des conseils sur notre compte twitter.

Lettre d’information janvier 2018

Chères et chers collègues,

L’Université de Strasbourg a pris un tournant dans sa politique de formation avec l’adoption des capacités d’accueil pour toutes nos filières en décembre 2017. Désormais, toutes nos formations auront un nombre de places limité, nous exposant à une politique budgétaire qui adapte les capacités aux moyens, plutôt que les moyens aux besoins.

La CFVU a rejeté les capacités d’accueil qui lui ont été soumises, notamment en raison de la réduction drastique des places en STAPS (500, redoublements compris, contre 660 actuellement) et du fait que ces capacités ont été définies par les services centraux et le rectorat avant qu’elles n’aient pu être transmises, et parfois même discutées, par les composantes.

Malgré ce rejet, le point sur les capacités d’accueil a été mis à l’ordre du jour du conseil d’administration en point non soumis à discussion. Le CA les a adoptées le jour même de l’adoption du « plan étudiants » par l’Assemblée nationale. Cet empressement risque de limiter le rapport de force avec le ministère, et en conséquence la part du financement de ce plan (seulement 15M€ pour toutes les universités) qui nous sera attribuée. L’avenir nous dira si cette stratégie de « premier de la classe » continue de fonctionner.

Lors du débat, beaucoup trop bref compte tenu de l’importance de la mesure, il été établi, sans démenti, que :

  • il s’agit bien d’une sélection déguisée ;
  • cette mesure ne favorise en rien la réussite des étudiants ;
  • mais conduit mécaniquement à l’augmentation des frais de scolarité, notamment par le biais du développement des diplômes propres (DU, MU…) ;
  • que cette augmentation était la véritable intention de cette mesure, comme le révèlent explicitement les MacronLeaks.

Les « attendus » n’ont même pas été évoqués, ce qui a permis de laisser de côté leur infaisabilité technique. Les mesures d’accompagnement n’ont pas non plus été réellement discutées.

À notre initiative, la charge supplémentaire que représentent ces mesures a été rapidement discutée. En effet, en plus de leur définition, il faudra bien les mettre en œuvre : étudier les dossiers de candidature des bacheliers (1000 par Licence en moyenne selon le ministère), assurer la définition puis l’animation des « mesures d’accompagnement », etc.

La réponse de la présidence a au moins été explicite : il a été décidé de n’attribuer aucun moyen à ces mesures. Elles seront assurées par « des redéploiements et des heures complémentaires ».

Un « régime d’intéressement » bien dispensable

Nous inaugurons en ce début d’année la rubrique d’expression des élus, que nous avons enfin fini par obtenir dans l’Actu.

Les derniers conseils d’administration de 2017 de notre université ont été marqués par plusieurs dossiers fortement débattus. C’est le cas du « régime d’intéressement » discuté le 14 novembre. L’enjeu de ce nouveau système de primes est important pour le futur de notre Université. Ce dispositif veut instaurer des suppléments de rémunération dans l’objectif d’attirer ou de retenir à l’Unistra quelques chercheurs jugés de très haut niveau. La décision d’attribution devrait être prise par le président de l’Université, après avis d’un comité ad hoc et tenue totalement secrète, y compris pour vos représentants élus.
Ce régime d’intéressement pose en premier lieu des questions d’ordre juridique, par exemple avec des critères d’attributions basés sur des activités liées à la recherche, à l’encontre de la circulaire ministérielle qui précise que les régimes indemnitaires « ne peuvent donner lieu à un versement résultant uniquement du simple exercice des missions statutaires de l’agent ». C’est ensuite, même si seulement quelques personnes devraient être concernées dans les premiers temps, un changement majeur de nos modes de rémunérations qui vont être individualisées et décidées par un président s’éloignant de son statut de « pair parmi ses pairs ». C’est enfin, et surtout, exemplaire d’un certain état d’esprit. Sous couvert d’excellence, on s’engage dans une politique de recrutement externe, limitée et à courte vue qui semble négliger les efforts fournis pour une recherche et un enseignement de qualité par les composantes et des personnels de notre Université.
Nous vous invitons à consulter notre dossier sur le sujet à l’adresse : http://alternative2017.eu/index.php/2017/11/07/a-qui-profitera-la-nouvelle-prime-de-luniversite-de-strasbourg/

Les élus Alternative

Lettre d’information suite au Conseil d’Administration du 14/11/2017

Le Conseil d’Administration, réuni le 14/11/2017, a été particulièrement long et confus. Il a été caractérisé par une difficulté insurmontable de comprendre l’objectif des délibérations, comme d’obtenir des réponses à des questions pourtant simples et précises.

Nous sommes face à un inquiétant défaut de transparence qui empêche les administrateurs de prendre des décisions en toute connaissance de cause. Objectivement, ce dysfonctionnement est extrêmement dommageable pour l’Université.

Il est impossible de rendre compte de l’intégralité des échanges qui ont duré presque six heures, c’est pourquoi nous devons nous limiter à l’essentiel. Cependant, nous insistons sur le fait que ce que nous décrivons n’est ni une mise en avant des points les plus problématiques, ni des passages sortis de leur contexte, mais un échantillon représentatif du travail en séance sur les trois points principaux traités en séance :

  1. Réintégration des actifs ADUEIS-SILABE
  2. Contrat d’Objectifs et de Moyens de l’École de Management
  3. Régime d’intéressement

Malgré les engagements de M. Deneken pris devant le Conseil du 13 décembre 2016 et malgré nos demandes récurrentes, nous n’avons toujours pas accès aux listes de diffusion des personnels et pas de rubrique publique dans l’Actu. Aussi, nous vous encourageons à diffuser largement notre lettre d’information.

Nous nous tenons à l’entière disposition de toute la communauté pour donner encore plus d’information sur la tenue des CA.

1. Réintégration des actifs ADUEIS-SILABE

L’ADUEIS-SILABE (Association pour le Développement des liens Universités-Entreprises dans les Industries de Santé – SImian LABoratory Europe) est l’objet de deux problèmes : d’une part, son activité est dénoncée par des associations de protection des animaux ; d’autre part, la presse a indiqué qu’elle faisait l’objet d’une « enquête judiciaire pour “abus de confiance et autres détournements” » (voir Le Monde et Rue89Strasbourg). Il nous semblait que ce dossier devait donc être traité avec sérieux.

Absence de communication des informations aux administrateurs en temps utile

Pourtant, c’est seulement au travers de l’ordre du jour que nous avons appris que la présidence souhaitait procéder à une dissolution-dévolution de l’association, c’est-à-dire à la réinternalisation de l’actif et des activités de l’ADUEIS au sein de l’Université. Nous avons été surpris de ne recevoir pour document qu’une simple et unique page dénuée d’information utile. Cela nous a contraints à demander l’ensemble des documents nécessaires. Une archive de 89 Mo de documents nous a été envoyée 24h avant le début du CA, de telle manière que nous n’avons pas pu les étudier. Seule certitude : les deux principaux documents demandés, à savoir un descriptif des actifs et un plan de la dissolution-dévolution, ne nous ont pas été communiqués du tout.

Le diaporama présenté en séance comportait pourtant des éléments d’appréciation qui auraient pu nous être utiles en amont. De même en séance, il a été fait mention d’autres documents, apparemment disponibles, tels que ceux qui ont été communiqués aux membres de l’association au moment de la décision de dissolution. Mais là encore non communiqués aux administrateurs avant le Conseil.

La présidence ne peut ignorer que cette absence de communication des informations en temps utile compromet la légalité de cette délibération. Pourquoi ce manque de sérieux ? Pourquoi prendre ce risque ?

Nous avons donc proposé de repousser le vote le temps de pouvoir étudier correctement ce dossier. C’est alors que nous avons appris que l’association avait déjà été dissoute le 31 août 2017, et qu’il était demandé au CA de l’Université d’accepter cette dissolution-dévolution pour que le processus de liquidation des actifs et des passifs puisse se poursuivre. La présidence nous a, de plus, expliqué que nous n’avions d’autre choix que d’approuver la délibération, sans quoi nous serions responsables de la mise au chômage des personnels de l’association.

La présidence a refusé de nous indiquer pourquoi elle n’a pas informé en temps utile les administrateurs de cette dissolution, alors même qu’elle en avait eu la possibilité lors de la séance du CA de septembre. Pourquoi ce manque de transparence envers les administrateurs ?  

En procédant ainsi, M. Deneken a objectivement renoncé à tenir son engagement de campagne de ne jamais mettre les administrateurs devant le fait accompli :

Extrait du PV du CA du 13/12/2016, engagements du candidat Michel Deneken :
« arrivera-t-il que le Conseil d’Administration soit mis devant le fait accompli ?
M. DENEKEN répond par la négative. Cela ne peut pas être une manière de gouverner ; même les membres de sa liste ne le suivraient pas. »

Le problème de réputation

La délibération que nous devions adopter stipulait la chose suivante : « L’organisation actuelle de l’ADUEIS et sa plateforme technique SILABE est complexe sur le plan économique. Elle fait l’objet de manière récurrente d’observations qui peuvent potentiellement nuire à la réputation de l’Université ». En séance la question de la e-réputation a été longuement évoquée par la présidence.

Nous avons demandé en quoi l’intégration de l’ADUEIS au sein de l’Université résolvait ce problème de réputation. Il nous a été répondu que cela ne le résolvait pas, mais que d’autres raisons existaient, notamment la fin du FUI (fonds unique interministériel) finançant le dispositif. Cet argument peut paraître bien faible au vu de l’ampleur du dossier, d’autant que le FUI est fini depuis 2014, sans qu’une action n’ait été entreprise plus tôt.

Délibération

Finalement, la délibération a été modifiée en séance (la modification est en gras) :

« Le CA de l’université de Strasbourg approuve la possibilité de dissolution-dévolution de l’association ADUEIS prononcée en date du 31/08/17 au profit de l’Université de Strasbourg et la potentielle réintégration des actifs et passifs au sein du centre de primatologie. »

Elle a été rejetée par les élus des listes Alternative 2017 ainsi que les élus BIATSS CGT et SNASUB, et approuvée par tous les autres administrateurs, sans communication des documents en temps utile, sans présentation d’un plan de dissolution-dévolution, et surtout, si on en mesure bien les risques, sans qu’on sache quel intérêt réel cette délibération représente pour l’Université.

Nous espérons sincèrement que cette délibération n’aura pas d’impact négatif sur notre établissement. Et nous posons à nouveau la question : pourquoi ce manque de transparence ?

2. Contrat d’Objectifs et de Moyens de l’École de Management

Ce contrat est particulièrement bien structuré et clair. Il présente une grande ambition, non seulement au niveau de l’augmentation des effectifs étudiants (de 3000 à 4000 en 5 ans), mais aussi de nombreux chantiers (Maison du leader, flex-office, commercialisation, etc.). Dans le contexte actuel des écoles, notamment de commerce, cette ambition peut apparaître tout à fait pertinente.

Cependant, notre liste a été élue sur un programme de partage plutôt que de concentration des moyens. Nous avons donc attiré l’attention sur le passage suivant :

« Dans un premier temps, l’Université s’engage à soutenir la stratégie de l’école selon des
critères de dotations prenant en compte la totalité des effectifs étudiants de l’école. Ce
soutien se traduira notamment par la dotation de personnels titulaires enseignants (Maitres
de Conférences, Professeurs) et BIATSS en rapport avec les effectifs étudiants totaux.

Dans un second temps, elle autorisera comme par le passé l’EM Strasbourg à recruter sur ses
ressources propres de nouveaux personnels enseignants-chercheurs et BIATSS contractuels. »

Notre question était simple : l’université s’engage-t-elle à augmenter la dotation en personnel de l’EM ? Cette question simple n’a toutefois pas suscité de réponse claire :

  • Tout d’abord il nous a été affirmé que le texte était mal rédigé, ce qui ne nous semble pas être le cas.
  • Ensuite, il nous a été expliqué que la notion de « titulaires » et de « contractuels » différait entre l’université et l’EM. Pour l’EM, « titulaire » correspond à un poste de fonctionnaire payé par l’université, et « contractuel » à un CDD payé par la composante. Nous ne voyons donc aucune différence avec l’université sur ce point.
  • Puis il nous a été certifié que la dotation n’augmenterait pas. Mais la clarification faite à notre demande a montré qu’il s’agissait alors de la dotation budgétaire, alors que nous nous intéressions à la dotation en personnel.
  • Enfin, il nous a été assuré qu’il n’était envisagé ni de revoir les critères de dotation ni d’augmenter la proportion de fonctionnaires. C’est pourtant ce qui est écrit dans ce contrat.

Le contrat a donc été modifié en séance pour enlever « Dans un premier temps » et « titulaires », avec de nombreuses réassurances de la présidence.

Le COM de l’EM a donc été adopté à l’unanimité moins deux abstentions d’élus Alternative. Cependant, sa rédaction, sinon son interprétation, problématique, nous obligeront à une vigilance particulière lors des prochaines commissions des emplois.

L’impossibilité d’obtenir une réponse claire à des questions aussi simples interroge : comment comprendre ce manque de transparence ?

3. Régime d’intéressement

Nous vous en avons suffisamment parlé ici, et le résumé mis à jour est visible .

La présidence avait bien pris connaissance de notre note juridique, mais l’a disqualifiée rapidement, sans juger bon d’apporter une réponse écrite. À ce stade, la légalité de cette délibération nous paraît toujours fortement sujette à caution.

Finalement, nous avons exposé ainsi notre position : doubler discrétionnairement le salaire de certains est une faute politique majeure alors que le point d’indice de tous est gelé depuis bientôt une décennie, que les charges de tous ont tant augmenté, et que l’Université de Strasbourg est celle qui a supprimé le plus de postes depuis 2010. C’est donc une mesure non seulement injuste, mais en plus à même de provoquer une démotivation des collègues effectuant les missions « de base », comme les qualifient la présidence. Il nous a été répondu que c’est précisément l’objet du suivi de carrière.

C’est donc ainsi que nous pouvons désormais résumer la politique de l’Université de Strasbourg : doublement de salaire pour quelques-uns, suivi de carrière pour tous les autres.

Enfin…

Durant presque 6 heures de séance, deux délibérations dangereuses et à la légalité douteuse auront donc été adoptées… Mais pas un mot n’aura été prononcé sur la réforme en cours de l’enseignement supérieur.

Dans de telles conditions de confusion et d’opacité, le Conseil d’administration de l’Université peut-il encore jouer son rôle ?

À qui profitera la nouvelle prime de l’Université de Strasbourg ?

Chères et chers collègues,
Les élus à la Commission de la Recherche (CR) de l’université, lors de sa séance du 18 octobre 2017, comme avant eux les représentants des personnels au Comité technique d’établissement (CTE) le 5 octobre, ont été confrontés au projet de « création d’un régime d’intéressement scientifique » à l’Université de Strasbourg. Ce dossier est à l’ordre du jour du prochain Conseil d’administration (CA), le 14 novembre. Nous vous invitons à prendre connaissance de nos analyses suivantes :

Ce dispositif permettra d’instaurer des suppléments de rémunération dans l’objectif d’attirer ou de retenir à l’Unistra quelques chercheurs jugés de très haut niveau. Ces suppléments peuvent aller jusqu’au doublement de leur salaire, et seront en partie financés directement sur les budgets de l’université. Le document ci-joint précise que la décision d’attribution sera prise par le président de l’université et tenue totalement secrète, y compris pour vos représentants élus.

Dans une période de forte tension budgétaire, alors que les effectifs ont dépassé les 50 000 étudiants à l’Université de Strasbourg, alors que le nombre d’enseignants-chercheurs y a baissé de 6% depuis 2011, il nous paraît nécessaire que s’organise un débat sur l’instauration d’un système de sur-rémunération, distribuée de manière discrétionnaire, à la demande de quelques-uns et sur le budget de tous, et qui introduit un mode de rémunération individualisé.

Nous vous invitons donc à en discuter le plus largement possible, et surtout à prendre contact avec les élus du CA avant la réunion du 14 novembre 2017 afin que votre avis soit pris en compte.

Les élus Alternative 2017 aux conseils centraux
contact@alternative2017.eu

Lettre d’information de la rentrée 2017

Chères et chers collègues,
Cette rentrée 2017 est très particulière pour l’Enseignement supérieur et la recherche (ESR), au niveau national comme pour notre Université.

Comme nous vous en informions lors de nos précédentes lettres d’information,  les choses se sont accélérées l’an dernier, et l’orientation budgétaire de notre université s’éloigne de plus en plus de nos missions fondamentales.

Une expression est largement revenue cet été pour qualifier l’Université qui serait  “à bout de souffle”, jusque dans la bouche du Président de notre université. S’agit-il de dénonciations des effets délétères des multiples réformes dont a fait l’objet l’ESR ? Ou d’un diagnostic alarmiste pour justifier une nouvelle salve de décisions contre l’ESR ?

Ainsi, se lamente-on face aux générations plus nombreuses de bacheliers qui souhaitent entrer à l’Université. Or, contrairement à ce qui se dit, il n’y a pas “trop d’étudiants”. Mais il y a un manque de locaux et d’enseignants pour les accueillir. Le défaut de moyens découle des décisions politiques, nationales et locales, qui organisent, année après année, cette pénurie de ressources, et donc de places. Rien de tout cela n’est inéluctable, c’est une question de priorité, qui se traduit par des choix politiques, nationaux et locaux :
Financer la formation de notre jeunesse ou le CICE ?
Rénover la tour de chimie pour y faire des salles de cours ou des logements locatifs ?

La sélection est vue comme une solution à au problème du manque de places. Mais ce problème a été créé par des politiques de faible investissement pour l’Université. Elle laisse imaginer que nous pourrions choisir nos étudiants et augmenter le niveau de nos formations. Mais comme il faudra accueillir tous les bacheliers au niveau des établissements, la compétition va s’accroître entre les filières sans réel bénéfice, ni pour les étudiants, ni pour les enseignants et personnels administratifs. Certaines vont attirer les étudiants les plus brillants et d’autres devront s’occuper des étudiants les plus en difficulté. Certaines pourront trouver plus de ressources, d’autres non. Faudra-t-il alors augmenter les services annuels d’enseignement et les droits d’inscription dans cette “économie de la connaissance” ainsi que certains le préconisent ?

Non, nous ne sommes pas à bout de souffle. Nous avons juste besoin d’un nouveau souffle, permettant de faire des choix différents. Nous pouvons bien décider que la formation de toute notre jeunesse vaut bien le sacrifice de quelques travaux prestigieux ou à visée commerciale. Nous pouvons bien utiliser les 8M€ de résultat positif de notre Université pour renforcer les équipes pédagogiques et éviter de perdre 24 maîtres de conférences sur une seule année.

Nos consciences professionnelles nous invitent à continuer à faire toujours plus avec encore moins. Mais n’est-il pas venu le moment où ces mêmes consciences professionnelles nous invitent à ne plus continuer ainsi ? Voulons-nous encore de cette politique ? Pouvons-nous encore la supporter, professionnellement et humainement ? Et pour combien de temps encore ?

Analyse du projet de Contrat de site alsacien 2018-2022

L’objectif du contrat de site est de déterminer une stratégie au niveau des établissements du site Alsace. Le “chef de file” du site alsacien est l’Université de Strasbourg, ensuite chaque établissement remplit un rôle spécifique : l’UHA est en charge de la formation, la BNU de la politique documentaire, l’INSA des métiers de l’ingénieur et l’Unistra de la recherche.

Le projet de contrat de site qui nous est proposé porte trois ruptures fondamentales qui auront des conséquences concrètes :

  • 1/ Une structure de pilotage complexe, lourde et coûteuse, sans régulation réglementaire ni comptes à rendre, qui prendra des décisions stratégiques s’appliquant à tous les partenaires et en conséquence représente une perte de souveraineté pour les établissements ;
  • 2/ Une nouvelle stratégie très risquée pour les personnels, les étudiants et les missions, notamment par :
    • une orientation des moyens sur la visibilité et la valorisation au détriment des missions fondamentales, additionnée à des orientations disciplinaires excluantes ;
    • une politique d’augmentation de l’efficacité à moyens constants malgré les efforts déjà fournis par les personnels depuis plusieurs années ;
    • un développement forcé du numérique, maintenant au coeur des politiques sans que sa pertinence d’appui aux missions soit toujours évidente, essentiellement par des approches qui ont prouvé leur inefficacité pédagogique et financière telles que les MOOCs.
  • 3/ Une mise en concurrence interne et externe au détriment de la collaboration et l’entraide, qui ont pourtant fait la preuve de leur efficacité. Cela affaiblira tout le service public de l’ESR local face à la montée en puissance de l’offre concurrente privée.

1. Structure de pilotage

L’organisation de la structure de pilotage du site se décrit ainsi : “le comité de pilotage du contrat de site se réunit au moins une fois par trimestre. Il se compose des présidents d’université et des directeurs ou administrateurs d’établissement, des responsables politiques de la recherche, de ceux de la formation et des études ainsi que des personnes en charge de la direction générale des services” (point 13) et “la conférence des présidents d’université du Grand Est se réunit mensuellement. À ces rencontres s’ajoutent les réunions des réseaux de vice-présidents par champ d’action ainsi que des directeurs généraux des services pour faciliter l’émergence de réflexions et d’actions à conduire de manière coordonnée voire commune.” (Point 15).

Il ne s’agit donc pas d’une structure de pilotage légère, qui aurait par exemple pu prendre la forme d’un congrès de coordination annuel réunissant tous les acteurs, mais d’une véritable structure de gouvernement, comportant de nombreuses instances au rythme de travail soutenu, et qui se superpose donc aux structures existantes.

Cependant, contrairement aux structures universitaires, ces structures de site ne sont régulées par aucun texte de loi, ne comportent pratiquement aucun élu, et ne sont soumises à aucune obligation, notamment en ce qui concerne le compte-rendu de leur activité ou de leurs décisions.

De plus, ce contrat porte la négation de la formule de site adoptée et de graves risques de perte de souveraineté des établissements. En effet, la formule de l’association est caractérisée par une absence de subsidiarité, chaque établissement restant souverain, et une égalité de tous les partenaires. Cependant, le contrat précise que “l’Université de Strasbourg et les établissements associés sont attachés au principe de subsidiarité” (point 11) et que “l’Université de Strasbourg [est] un chef de file” (point 5). Les fondements même de l’association sont donc bafoués par le contrat qui la régit.

Il est d’ailleurs explicitement stipulé que “Les établissements associés conservent

l’ensemble de leurs compétences et prérogatives, mais inscrivent certains volets de leur politique dans une stratégie de site” (point 5). Cependant, ces volets ne sont pas énumérés. Le contrat s’intéresse d’ailleurs à tous les volets de la politique universitaire, pour lesquels il acte de véritables orientations politiques. Par exemple, en ce qui concerne la formation :

  • Un accent particulier sera mis sur la poursuite de carrière au-delà du doctorat en développant des formations favorisant l’employabilité des docteurs” (point 44).
  • Les établissements du site s’efforcent d’autre part d’organiser leurs formations d’une manière qui réponde aux attentes des milieux socio-professionnels : c’est là un apport essentiel, dans les filières qui ne partageaient pas assez cette préoccupation, des conseils de perfectionnement” (Point 52)
  • Ils sont résolus à inciter les étudiants à s’engager dans une démarche entrepreneuriale “ (Point 53).
  • La promotion de la voie [BAC] technologique dans les IUT” (point 54)

Le risque de perte de souveraineté est donc bien réel pour les établissements, mais aussi les composantes, unités de recherche et équipes, car ces décisions stratégiques s’appliqueront à tous.

Or, il n’y a pas de garantie que ces décisions soient à l’avantage de tous, surtout que le contrat de site adopte comme granularité politique la région Grand-Est (points 9, 14, 15, 16, 21, 22, 23, 24, 25, 36, 40 et 54) et même une granularité plus large avec Eucor (point 30). Les partenaires cités dans ce contrat sont si nombreux et leur organisation si complexe qu’il est même impossible d’en faire un organigramme. À un tel niveau, il est impossible d’avoir un pilotage efficace, enraciné dans la réalité des missions, et surtout qui préserve les avantages de chacun.

D’ailleurs, certains détails sont facteurs d’inquiétude quant à l’esprit dans lequel s’effectuera ce pilotage. On peut ainsi lire que la mise en place de l’Évaluation Continue Intégrale “a obligé toutes les équipes pédagogiques” (point 58), que l’IDEx est utilisé pour des initiativesprofondément transformantes(point 4), ou encore qu’on s’apprête à développer la “bibliométrie” des chercheurs (point 64), dont les usages sont non explicités.

2. Stratégie

Orientation des moyens

Avant même l’évocation des missions fondamentales des Universités, ce projet de contrat stipule que les “lignes de développement [visent] à une forte visibilité nationale et internationale du site et à la création de valeur ajoutée pour chacun des établissements partenaires” (point 1).

Par exemple, plutôt qu’à nos missions fondamentales, les moyens seront utilisés à la visibilité et la valorisation : “la visibilité […] est amenée à prendre place au sein d’une communication commune renforcée” (point 56), alors que nous allons “travailler à la valorisation des équipements de recherche du site à travers la définition de plateformes et d’infrastructures ouvertes […] et une offre de service sera développée.” (point 49). Nous allons donc accroître les moyens alloués à la publicité, et commercialiser l’utilisation de nos équipements de recherche.

Il est d’ailleurs explicitement dit que c’est “dans le domaine de la recherche contractuelle, de la valorisation et des relations avec le monde socio-économique […] que la politique de site […] a été la plus ambitieuse“ (point 46). On peut regretter que ces ambitions n’aient pas été plus proches de nos missions fondamentales.

À cette orientation budgétaire détachée de nos missions fondamentales s’ajoute l’orientation thématique des moyens. Ainsi, il est noté que les établissements devront “s’allier pour approfondir la thématique transversale du développement durable“ (point 12) ou encore que “l’ensemble des enseignements dispensés au sein des établissements du site relève peu ou prou du développement durable et de la responsabilité sociétale.” (point 83). Cette réduction thématique, dans une quête impossible de cohérence, porte un grave risque d’exclusion disciplinaire. On ne sait comment ni pourquoi cette thématique a été choisie, mais à moyen constant, son développement ne pourra se faire qu’au détriment des autres, et notamment des disciplines qui ne pourront pas s’y conformer, comme les mathématiques par exemple. Il s’agit donc de facto d’une orientation disciplinaire excluante.

Augmentation de l’efficacité à moyens constants

En ce qui concerne nos missions fondamentales, plutôt qu’un développement des moyens, “l’ambition commune est d’accroître [l’]efficacité en matière de formation, recherche, amélioration de la qualité de la vie universitaire” (point 1).

Cela implique que “les coopérations et mutualisations engagées dans divers domaines seront poursuivies et approfondies” (point 77), et on envisage même une gratuité des transports entre Strasbourg et l’UHA “pour encourager la mobilité” (point 116).

Pourtant, on peut douter de l’efficacité des mutualisations déjà réalisées, dont le coût et les économies réelles ne sont jamais évalués. Surtout, les mutualisations, comme la mobilité, n’ont pas qu’un coût financier, mais aussi un coût humain, totalement absent de cette réflexion.

À l’Université de Strasbourg, les services sont sans cesse restructurés, obligeant les personnels à continuellement s’adapter, parfois jusqu’à l’épuisement ou la perte de sens dans l’exercice de leurs missions. Les enseignants, dont le nombre a fondu, ont déjà augmenté leurs heures complémentaires de 30% en 5 ans, de plus en plus d’heures de cours ne sont tout simplement plus payées, et nombre d’enseignants-chercheurs ne peuvent plus consacrer 50% de leur temps de travail à la recherche.. Face aux difficultés rencontrées depuis 2010, tous les personnels ont fourni des efforts exceptionnels. Ces efforts exceptionnels sont, dans ce contrat, considérés comme désormais normaux. Il est même prévu de les accentuer. À trop vouloir accroître “l’efficience”, on finit par la menacer, et faire courir de graves risques au bon exercices des missions comme aux personnels.

Développement du numérique

Avec pour ambition d’accélérer la transformation numérique des établissements d’enseignement supérieur, le projet vise à soutenir des stratégies numériques universitaires transformantes” (point 17).

C’est donc explicitement que ce contrat propose d’utiliser le numérique pour réellement “transformer” notre métier.

En l’absence totale d’objectif explicite pour cette transformation, la mise en perspective avec les points précédents permet de penser que l’objectif poursuivi est essentiellement une réduction des coûts. En d’autres termes, ce contrat porte la décision stratégique de remplacer les enseignants, dont les effectifs ont d’ores et déjà été substantiellement réduits, par des plateformes numériques en ligne.

On envisage d’ailleurs “le développement des MOOCs [et] la mutualisation pour constituer des learning centers modulables […] et des fablabs“ (point 59). Non seulement rien ne dit que le coût de ces initiatives sera inférieur à celui de postes d’enseignants, mais de plus les MOOCs sont des dispositifs dont les études montrent l’inefficacité (taux d’abandon gigantesque, méthode inadaptée à la formation initiale – cf. Antoine Compagnon. 2014. MOOCs et vaches à lait. Le Débat, 180, 170-178).

Il s’agit donc d’un exemple typique d’une décision stratégique majeure, certes visible, mais aussi coûteuse et extrêmement risquée, qui s’imposera à tous les partenaires, quel que soit l’avis des équipes pédagogiques qui seront contraintes de la mettre en oeuvre sinon touchée par la réduction des moyens attribués à leurs missions.

3. Mise en concurrence

Ce contrat prévoit que “les partenaires du site s’accordent pour reconnaître l’enjeu majeur associé à la poursuite d’une véritable politique scientifique du site.” (point 37) et que “le grand apport du contrat de site est de permettre un pilotage commun de la construction de l’offre de formation.” (point 50).

Recherche et formation seront donc pilotées au niveau du site, dont la politique “vise au rapprochement et, grâce à la différenciation, à la complémentarité des stratégies” (point 37) et “permet de transformer les éventuelles concurrences entre formations des différents partenaires en complémentarité (point 50).

En d’autres termes, il sera décidé, au niveau du site, de la localisation de telle ou telle discipline, en formation comme en recherche, pour atteindre la différenciation et la complémentarité. Il y a donc de facto une mise en concurrence des établissements pour maintenir ou obtenir ces disciplines, toutes n’ayant pas la même “visibilité” ou le même “potentiel de valorisation”.

Les rôles de chacun sont d’ailleurs explicites dans le document : « Parmi les leaders mondiaux en chimie supramoléculaire, [l’Université de Strasbourg] dispose d’un très grand spectre disciplinaire qui inclut les sciences religieuses et de fortes traditions dans des disciplines rares (papyrologie, langues et civilisations orientales, etc.)” (point 4) alors que “l’UHA se caractérise par une stratégie axée sur la professionnalisation, le transfrontalier et l’innovation” (point 5).

Ce contrat permettra donc d’argumenter pour priver l’UHA du développement d’une discipline rare ou fondamentale, et lui faire supporter une partie de la charge de professionnalisation de l’Unistra.

L’Alsace, et plus avant la région Grand-Est qui est en ligne de mire de la politique de site, sont pourtant des territoires assez étendus pour que des disciplines identiques, y compris rares, y soient développées dans plusieurs sites. On sait qu’éloigner les formations désavantage essentiellement les étudiants disposant de peu de ressources, dont le potentiel sera donc gâché. On sait également que la science ne se construit ni par la concentration des personnes, ni par la concurrence politique, mais par la confrontation d’idées développées dans des contextes stabilisés.

Ce contrat de site instaure donc une stratégie risquée, qui, sous couvert d’improbables économies budgétaires, vise à réduire la diversité disciplinaire et territoriale qui fait la richesse intellectuelle de l’Université. Ce recul représente l’ouverture d’un secteur d’investissement pour l’offre privée de formation, mais aussi de recherche, qui se développe actuellement à une vitesse impressionnante. Cette offre privée risque donc fort d’être la première bénéficiaire de la mise en concurrence interne des établissements partenaires signataires de ce contrat de site.

Communiqué: Congrès d’orientation budgétaire

Lors du Congrès de l’Université de Strasbourg du 27 juin 2017, le débat d’orientation budgétaire s’est achevé avec l’adoption de la lettre d’orientation budgétaire (LOB) pour l’année 2018. Il s’agit de la première étape de l’élaboration du budget de l’université.

Les élus de la liste Alternative se félicitent que leurs questions et propositions formulées en amont aient pu servir de base à la discussion. Malheureusement, aucune amélioration significative n’a pu être apportée à la LOB. La présidence de l’université ayant imposé un vote global de la LOB, les administrateurs n’ont pas pu se prononcer sur chacun des nombreux choix opérés par l’équipe de direction.

Tous les administrateurs partagent l’objectif d’équilibre budgétaire et reconnaissent les contraintes budgétaires. Pourtant, pour la troisième année consécutive, notre université a vu son exercice précédent se clôturer avec un résultat positif de 8 millions d’euros grâce aux économies qui nous sont demandées. Des marges de manœuvre supplémentaires sont en plus dégagées grâce au renouvellement de l’initiative d’excellence (IdEx) ou encore aux nombreux emprunts auxquels il a été décidé de recourir.

Ces marges de manœuvre sont utilisées pour développer ou pérenniser de nombreux projets. La LOB cite notamment : EUCOR, GECT, LIA, GDRI, UMI, Maison de la Donnée, AlsaCalcul, I2MT, A2S, AOC, PEPITE-ETENA, Entrepreneurship beyond borders, label Marianne, ISIS Data-center, Studium, Maison des personnels, G2EI Descartes, Planétarium, EOLE, IDIP… Auxquels s’ajoutent les projets du PPI (Plan pluriannuel d’Investissement) votés la séance précédente.

En regard de ces investissements massifs, et parfois risqués, alors que le nombre d’étudiants ne cesse d’augmenter, et que la sélection se prépare activement, les élus Alternative 2017 déplorent qu’il ait été acté que :

  • “le nombre total de recrutements d’enseignants-chercheurs et d’enseignants prévu en 2018 ne doit pas excéder celui de 2017” (article 11) ;

  • “le volume global des dotations en heures complémentaires sera stabilisé” (article 16) ;

  • “le renouvellement pédagogique [sera soutenu] par le biais d’une utilisation plus dynamique des outils numériques à moyen constant” (article 41) ;

  • “un effort particulier sera fait pour doter au plus juste le fonctionnement des unités.” (article 25).

Le refus d’une mention, que nous avons proposée au titre des grandes orientations, du soutien des conditions d’étude, du budget des formations et des laboratoires, ainsi que des recrutements, est symptomatique d’une politique qui vise la visibilité et la valorisation au détriment de nos missions fondamentales. L’orientation prise est ainsi tournée vers des investissements risqués dans le numérique et l’immobilier, bien plus que vers l’investissement humain dont notre Université a prioritairement besoin.

La recherche de l’équilibre budgétaire global ne doit pas masquer des orientations budgétaires aussi déséquilibrées. Les élus Alternative 2017 regrettent que la lettre d’orientation budgétaire n’ait pas été plus ambitieuse pour défendre, renforcer et pérenniser ce qui constitue le cœur de métier de l’Université.

Les membres du congrès élus sur les listes Alternative 2017.

Lettre d’information mai 2017

Chères et chers collègues,
Les choses s’accélèrent pour les universités et pour notre université. Les derniers conseils ont été amenés à prendre des décisions lourdes pour notre avenir. Face à l’importance de ces décisions, les élus au CA sur les listes Alternative 2017 ont élaboré et transmis à tous les administrateurs un vadémécum sur les documents soumis à l’approbation du CA. Ce vadémécum a été salué par le président, qui nous a remerciés pour ce travail, et aucun de ses points n’a été remis en cause. Tous les administrateurs ont ainsi pu prendre des décisions éclairées.

C’est donc en pleine responsabilité que le CA a approuvé une direction stratégique très risquée pour notre établissement. Il a accepté de contraindre l’accès à nos formations et approuvé un document indiquant que notre meilleure source de ressources propres sont les droits d’inscription à ces formations. Le Conseil a décidé de développer localement les tenure-tracks, qui remplacent les postes de MCF dans les systèmes étrangers, et de baser l’attractivité de notre Université sur des rémunérations élevées pour ce type de postes, ainsi que sur des chantiers prestigieux. Les administrateurs ont également approuvé les restrictions sur nos libertés de recherche que nous impose la Commission Européenne en échange de l’accès à ses financements et de l’utilisation d’un logo (sic).

Pourtant, nous aurions pu faire un choix différent. La discussion a démontré que nous pouvions tout à fait décider de consacrer notre budget aux recrutements d’enseignants et enseignants-chercheurs plutôt qu’à des chantiers et des postes prestigieux.

Au moins aurions-nous pu en discuter sur des bases sérieuses, étudier chaque projet sous l’angle des moyens et opportunités, décider si ces derniers étaient plus importants que l’accueil de nos étudiants. Nous aurions pu discuter de la meilleure stratégie d’attractivité : des postes rares, à durée déterminée mais mieux rémunérés, ou des postes peu onéreux et titulaires. Mais aucune des recommandations que nous avions pourtant communiquées par écrit au Conseil n’a été discutée.

Lors de ce conseil, nous avons explicitement renoncé à notre mission de formation du plus grand nombre, renoncé à notre liberté pleine et entière de recherche, et renoncé à assurer la pérennité du statut de Maître de conférences, qui fait pourtant l’attractivité de notre système, mais a déjà commencé à disparaître avec seulement 34 postes (+0% sur un an) mis au concours pour 1342 candidatures (+20% sur un an).

En ces temps de changements politiques, dans la perspective de l’autonomie accrue des universités et de la réduction des dépenses publiques, ces décisions dessinent un avenir pour notre Université bien différent de son passé.

La recherche intellectuelle libre et l’enseignement supérieur ouvert à tous étaient une réponse efficace pour la formation et l’insertion professionnelle, et un facteur essentiel de progrès pour notre pays tout entier.

Prochaines étapes : la dévolution du patrimoine et la suppression des services statutaires.

En vous souhaitant une bonne journée,
Les élus sur les listes Alternative.
http://alternative2017.eu/

Pour aller plus loin

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