Congrès du 29/01/2019

Le congrès (réunion des instances décisionnaires, CA, CFVU, CR et CTE) est l’instance où sont proposées et débattues, deux fois par an, les grandes orientations de l’Université.  

Conformément à la conception de la démocratie universitaire du président Deneken, le Congrès du 29 janvier dernier s’est réduit à un lieu d’information.

Son déroulement a de nouveau mis en évidence des problèmes de fonctionnement : ont été ainsi refusées par la présidence deux demandes de mise à l’ordre du jour de points proposés par des élus, ainsi qu’une demande d’accès au verbatim des précédentes réunions.

Augmentation des frais d’inscription des étudiants étrangers

Le président de l’université a pris la décision d’une position publique individuelle. Ainsi, le Congrès n’a pas pu débattre sur le fond de cette mesure et n’a pas pu voter sur cette mesure. C’est pourtant son rôle principal, puisqu’il réunit les représentants des trois grandes fonctions de l’université : Enseignement, Recherche et Administration.

Par cette manoeuvre, le président aura donc privé l’université de se prononcer sur une mesure structurante, non seulement pour notre établissement, mais pour tout l’Enseignement supérieur et la recherche. Le président a pourtant lourdement insisté sur le fait que notre université était observée de près à l’échelle nationale. La position personnelle de notre président va donc peser sur l’orientation de notre politique d’ESR.

Comme il est indiqué dans le communiqué du président et comme les discussions l’ont explicitement confirmé en Congrès, cette position peut se résumer ainsi :

  • Il n’y a strictement aucune opposition au principe de l’augmentation des frais d’inscription pas plus qu’à une augmentation différenciée pour les étudiants étrangers.
  • L’opposition se cristallise exclusivement sur l’utilisation de ces frais d’inscription, que le ministère voudrait utiliser au financement du plan “Bienvenue en France” et non pas à l’augmentation des budgets de la présidence.
  • Le report de cette hausse est utilisé comme un simple levier de négociation.

Malgré les titres raccourcis lus dans la presse, en l’état, l’Université de Strasbourg appliquera donc bien les décisions ministérielles relatives à la hausse des frais d’inscription des étudiants étrangers.

Cette prise de position publique aura surtout pour effet de rassurer les collègues concernés par ce changement radical de modèle d’enseignement supérieur et dont la mobilisation risquait de contraindre la présidence de l’université à se conformer à nos valeurs humanistes.

Cette position questionne effectivement la politique de “premier de la classe” adoptée par notre université. Le moment où cette stratégie est en opposition frontale avec ses valeurs et intérêts concrets est arrivé. L’issue de ce conflit conditionnera ce que sera notre université, et donc ce que nous serons, “nous”.

Aujourd’hui, seule une mobilisation des directeurs de composantes et d’unités de recherche, par suspension de leur responsabilité administrative, comme à Nancy, pourra infléchir cet état de fait.

Paiement des vacations

Lors du Congrès du 21 juin 2016, nous nous étions engagés à payer les vacations dans un délais de deux mois, comme nous l’impose une circulaire. Cependant, des dysfonctionnements graves continuent d’être relevés, y compris dans la presse, comme des enseignements effectués hors de toute signature de contrat de travail.

Les tentatives de résolution par les voies normales s’étant soldées par un échec, l’établissement d’un rapport de force a été nécessaire pour obtenir une réponse.

Cette réponse indique simplement qu’il s’agit d’un problème ponctuel dans une composante particulière. En l’absence de “retour négatif” dans d’autres composantes, la présidence considère qu’il n’existe en réalité pas de problème.

Point 2. Election VP VU – Marine Stoffel (Fac de médecine – IEP)

Après nous avoir présenté son programme, Marine Stoffel, élue au CA sur la liste AFGES, a été élue Vice-Présidente Vie Universitaire de notre université. Elle est ainsi la seule VP issue d’un conseil central d’élus.

Faits marquants, elle s’est engagée à mettre en place une enquête continue de mesure des conditions d’étude. Cette étude pourra mesurer notamment l’impact de la hausse des frais d’inscription sur nos étudiants.

Elle s’est également engagée à présenter un bilan en fin de son mandat. Il a été noté que seule cette vice-présidente s’était engagée à un tel bilan.

Point 3. Projet stratégique d’établissement H2030

Le principe et les thématiques d’une grande consultation ont été soumis à l’approbation du Congrès. Il s’agit de consulter le plus grand nombre d’acteurs de notre université pour définir un projet stratégique pour 2030, notamment en vue des élections universitaires de 2020.

En réalité, le projet était déjà abouti, et il n’était pas question de l’infléchir. Ainsi, on pourra regretter l’utilisation d’une plateforme privée pour 25k€, en lieu et place de 6 mois d’ingénierie locale. On regrettera surtout que différentes suggestions, venant de tout bord, n’aient été retenues.

Notamment, il a été établi qu’il était inutile d’établir un plan stratégique dès lors que notre stratégie de “premier de la classe” nous contraignait à nous soumettre aux décisions stratégiques ministérielles. Ainsi, les stratégies d’internationalisation sont caduques, dès lors que nous devons augmenter les droits d’inscription des étudiants étrangers ou que nous répondons à un appel d’offre pour construire une université européenne (voir ci-après). La proposition d’ajouter une thématique “autonomie et stratégie locale” a été rejetée.

De plus, il a été établi que pour pouvoir réellement éclairer les décision des conseils, les propositions devaient être hiérarchisées et qu’une telle hiérarchisation ne pouvait être faite que par la communauté, par vote sur les propositions issues de la consultation. Cette proposition a également été rejetée.

En l’état, cette consultation permettra donc d’élaborer le programme électoral de l’équipe dirigeante sans pour autant pouvoir servir à infléchir sa politique pour notre université.

Point 4. Université européenne

Le Congrès a dû se prononcer sur une lettre de mission conduisant à répondre à un appel à projet pour la construction d’une Université européenne. Le document qui nous a été transmis la veille ne permet pas de comprendre l’objet d’une telle université.

Doté de 5M€ pour 3 ans et pour 8 partenaires, si le projet est retenu, il permettra donc d’obtenir en moyenne 200k€ par an et partenaire.

L’initiative n’est pas sans rappeler l’Article 11 du Traité d’Aix-la-Chapelle, qui dépasse largement les questions universitaires. Au lieu de faciliter la collaboration entre universitaires européens ayant des projets d’enseignement ou de recherche communs, l’Université de Strasbourg participe donc d’une politique venue d’en haut dont le rapport avec nos missions est difficilement identifiable.

Tous les points ont été adoptés.

Revue de presse du 03/02/2019

Université de Strasbourg

Hausse des frais d’inscription

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Revue de presse du 27/01/2019

Université de Strasbourg

Rapports officiels

National

Frais d’inscription des étudiants étrangers

Parcoursup

Réformes

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Tribunes

Revue de presse 20/01/2019

Université de Strasbourg

Rapports officiels

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Frais d’inscription

Réformes

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Mouvement social

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Revue de presse 13/01/2019

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Publis

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Parcoursup

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Revue de presse – 07/01/2019

Université de Strasbourg

Publis

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Admission dans le supérieur

#JeSuiEnseignant et #StylosRouges

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Evolution de l’enseignement

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Un CA ordinaire dans une université extraordinaire

Ce texte décrit la façon dont j’ai vécu le CA du 18/12/2018 de l’Université de Strasbourg. Il n’est pas co-signé. Les horaires sont indicatifs. Le reste est sincère.
Edit : Une formulation a été clarifiée suit à une observation des élus AFGES.

13:35

Nous nous retrouvons à la cafet’ entre “élus d’opposition”. On prend deux ou trois décisions sur le pouce en buvant un café. Pour le reste, nous avons préparé le CA la semaine précédente, dès la réception des documents préparatoires. On est pressés mais on prend le temps. On sait que ça va être compliqué.

13:55

Nous arrivons dans le hall de la fac de droit. Ascenseur en panne. Le Conseil d’administration se tient au cinquième étage. J’arriverai essoufflé.

13:59

Dans la salle du conseil, les gens restent debout, papotent en souriant. On se salue aimablement. On signe la feuille de présence et on se trouve une place autour d’une table superbe qui en a juste assez. On sourit, mais on sait que le CA va être long et difficile, sans doute le plus dur de l’année.

14:05

Le président ouvre la séance. Plaisanteries d’usage. Il évoque les violences du centre ville. Les visages se ferment. Ses mots sont justes.

14:11

Le président nous annonce également le décès de notre ancienne DRH, emportée par la maladie. Le coup est dur pour moi. Je me rappelle de tous ces personnels que nous avons sauvés grâce à elle. Elle me manque. Elle nous manque à tous. Mais personne ne le sait. Et c’est pour ça qu’elle me manque.

14:14

Le président invite à une minute de silence. Nous nous levons. L’instant est très solennel.
La chargée de communication de l’université prend une photo et la poste sur les réseaux sociaux. Impossible de s’en étonner.

14:15

Quelques informations d’actualité. Personne ne prête vraiment attention. Ou alors fait semblant.

14:17

Le président évoque la motion du CAC sur la hausse des frais d’inscription pour les étudiants étrangers. Cette motion salue la politique du gouvernement et en même temps s’oppose à cette augmentation. Il portera cette motion à la ministre qu’il voit jeudi.
Une collègue de l’opposition lui demande s’il va aussi porter les nombreuses autres motions votées un peu partout dans l’université. Il répond que ça ne serait pas “stratégique”, que seule cette motion est vraiment de l’université. Ce sera moins fort. Ce n’est pourtant pas le moment de l’être.

14:21

Le président invite à faire remonter des points (dans un CA, les trois quarts des points à l’ordre du jour ne sont pas discutés, juste votés). Il y en a beaucoup. Ca va être long.

14:26

Nous avons reçu, le matin même, des modifications substantielles demandées par le rectorat («remplacement du terme « augmentation » par « diminution »» ou encore «-2002 M€ au lieu de -269 K€»). Un collègue propose de repousser le vote du budget le temps de pouvoir les étudier.

14:28

Il s’avère qu’il ne s’agit que d’une erreur de copier-coller. Les tableaux sont justes, mais le texte est celui de l’an dernier. Les services sont au bord du burn out. Heureusement que le rectorat l’a vu. Mais visiblement pas la commission des finances de l’université. Son rapport se base sans doute sur un texte faux. Je me tais, inutile d’en rajouter.

14:34

Je demande communication du courrier de la DGESIP (Direction Générale de l’Enseignement Supérieur et de l’Insertion Professionnelle) annonçant des mesures d’austérité budgétaire. La présidence la refuse aux administrateurs. Elle serait « truffée d’erreurs« . Ça ne serait pas rassurant si c’était vrai. En réalité, ce courrier nous invite surtout à utiliser les frais d’inscription des étrangers et la commercialisation de notre immobilier pour compenser l’austérité. Ça la fout mal : ces mesures sont soi-disant faites pour améliorer le service. Maintenant tout le monde sait que c’est faux. Ça ne changera rien.

14:38

Le président nous invite à aller à la CADA pour avoir ce courrier. Ca n’empêchera pas d’évoquer la transparence des dizaines de fois durant ce CA.

14:40 – Points d’information.

Une grande consultation « vision de l’université à 10 ans ». « Transparence », ça n’a pas tardé. On ne comprend rien. Ca n’a aucun sens. Nous n’avons de toutes façons aucune prise sur les grandes orientations politiques de l’université. On se garde d’ailleurs bien de dire à quoi cette consultation va servir, si ce n’est consulter.

14:49

Réforme des études de santé. On parle d’une « faculté de santé » intégrant toutes les composantes concernées. La présidence tient à nous rassurer : « Il n’y a pas de projet pédagogique commun« . Envie d’être cynique. Ou ironique. “Ha bah, ça va alors, s’il n’y a pas de projet pédagogique commun pour mettre en commun des composantes d’enseignement”. Personne ne note le niveau de folie. On en est là. Je me tais.

15:01 – Budget initial

Les services nous présentent plein de chiffres. On ne comprend pas grand chose, mais on s’accroche.

15:14

Les missions et les personnels sont présentées comme des charges. On comprend qu’il faudra continuer à se serrer la ceinture.

15:22

La présidence se félicite d’avoir réussi à dégager des marges de manœuvre financières (10 M€ ?). Le budget est « sain et dynamique » selon le rectorat.

15:33

On passe aux questions. Il n’y en a pas. Silence et gêne.

On passe au vote. L’oppositions s’oppose. Adopté.

15:34

Explication de vote : nous sommes contre l’austérité pour les missions et les personnels, qui vise à dégager des marges de manœuvres financières pour “autre chose”. Le président proteste pour la forme, il sait qu’on est dans le vrai. Il évoque une campagne d’emploi généreuse et agite le chiffon rouge des universités qui craquent.

15:39

Membre de la commission des emplois depuis trop longtemps, je reprend la parole. Le président me coupe sans rien dire de plus. Chaque fois que je prononce une syllabe, il me coupe. Cela dure longtemps. Je ne lâche pas. Lui non plus. Moment de gêne.

15:42

Le président se félicite que je n’arrive pas à parler. Une collègue lui explique que c’est parce qu’il n’a de cesse de me couper. Il la coupe pour lui dire que c’est faux. Silence. Gêne.

15:43

Je déroule enfin mon argumentaire : lorsqu’on regarde au niveau national, l’Université de Strasbourg est de celles qui ont supprimé le plus de postes d’enseignants titulaires. Les universités qui craquent ne font que subir ce que nous nous sommes nous-même appliqué depuis 2010.

15:46

Le président balance un chiffre au hasard “90 postes !”. C’est faux et ça n’a aucun sens, mais ça rassure. Au moins a-t-il le dernier mot.

15:47

Grosse envie de fumer. C’était l’objectif.

15:48 – Campagne d’emploi

Présentations de chiffres très clairs. On publie de nouveau des postes. Mais beaucoup trop peu. A ce rythme, il faudra 10 ans pour revenir aux effectifs enseignants de 2010. Et on est encore en dessous de l’augmentation des effectifs étudiants. Bref, en réalité, l’encadrement pédagogique baisse encore. On est avant-dernier de France en terme de réussite en Licence. On s’écroule dans les classements internationaux. Tout le monde le sait. Tout le monde s’en tape. C’est comme ça.

15:50

J’hésite quand même à parler de nos performances en baisse. Mais on va me répondre que “ce n’est pas une question de moyens, mais de volonté”. Bref, que c’est la faute des collègues. Je n’ai pas envie d’entendre ça, alors je me tais.

15:55

On fait remarquer que c’est suite à mes demandes répétées que la présentation s’est améliorée. Ca sonne comme un reproche.

15:58

…“Dialogue”… “Collégialité”… “Transparence”… “Respect des vœux et stratégies des composantes”…

16:12

On passe aux questions. Une collègue annonce que sa composante prépare une motion contre un des postes qui a été transformé par la présidence. La présidence explique que les postes sont à l’université et pas aux composantes, et qu’elle n’a pas à respecter leurs vœux et stratégies.

16:16

On apprend que le poste en question est mis pour la troisième fois au concours. Le candidat n’arrive pas à avoir sa qualification. Son nom est prononcé plusieurs fois par la présidence. Je suis heurté, ça ne se fait pas.

16:23

Le profil est si spécifique qu’il peut être illégal. Un collègue dégaine la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 : les concours doivent être ouverts. Le président explique qu’il faut un “intérêt à agir” pour attaquer un concours et que l’absence d’autres candidats nous met donc à l’abri. C’est merveilleux.

16:31

Le système de recrutement français a été mis en accusation plusieurs fois par la présidence. Le CNU est particulièrement visé. J’explique pourquoi : le CNU, c’est notre communauté, tout le monde peut y être élu. On ne fait pas que y vérifier le niveau scientifique, mais aussi l’adaptation au système administratif français. On m’écoute. C’est sympa. Ça ne change rien.

16:37

Un collègue lit la déclaration de son organisation syndicale : la campagne d’emploi menace l’exercice des missions de l’université. Il votera pour.

16:41

On n’a pas parlé de la section 60. La présidence de la CNU nous a adressé un courrier faisant état d’un sous-encadrement chronique. C’est le seul retour structurel que nous avons eu grâce au suivi de carrière. Il n’est suivi d’aucun effet, seulement deux postes : une promotion locale et un départ à la retraite. Rien en somme. Je regarde la VP concernée. La discussion a déjà été assez dure. Alors je me tais et la félicite pour la qualité de la présentation. Je suis sincère. Pas sûr qu’on le croit.

16:43

Une collègue demande si cette campagne est à la hauteur des enjeux. “Quels enjeux ?”. Silence gêné. “L’augmentation du nombre d’étudiants par exemple…”. Le président estime alors que recruter des collègues est “un danger”, une “politique de fuite en avant, de planche à billets”.

16:45

On passe au vote. L’opposition s’oppose. Approuvé.

17:31 – Projet politique (un parmi tant d’autres)

On voulait des chiffres. On a du qualitatif. Il faut réclamer pour avoir du concret. Lourdement. Ce n’est pas rassurant. Quelques uns tombent. Ils sont inquiétants. Pas de plafond de dépenses prévu pour l’université. Pas d’échéances non plus. On ne parle plus de “politique de fuite en avant, de planche à billets”, mais d’une “grande aventure”.

17:45

C’est un point d’information. Le CA n’est pas consulté. Il ne le sera jamais réellement sur ce type de projet à plusieurs dizaines de millions d’euros. Nous ne savons même pas combien nous en avons, mais beaucoup.

17:47 – RIFSEEP

Présentation ultra technique. La réforme est très complexe. Très lourde aussi à mettre en oeuvre : il faut trier tous les personnels BIATSS par groupes ayant des primes différentes. Les syndicats sont contre. Ils voteront pour, sauf le SNASUB et la CGT.

17:50

Je connais la présentation par cœur, et il faudra être calme pour la suite. Je descend fumer une cigarette sur le parvis de la fac. Un VP s’en va, s’arrête pour discuter. Le campus est baigné dans la nuit et la brume. Il est magnifique. Nous partageons ce plaisir. Le campus est devenu un lieu de vie. Il me raconte ses pique-niques avec sa femme sur les bancs en face, avant d’aller au ciné-club juste à côté. Mais le ciné-club va définitivement fermer, faute d’étudiants motivés. Et moi, je dois remonter.

18:04

Une collègue regrette que certains collègues ne soient pas pleinement informés. Je me rappelle 2016. J’avais proposé de leur envoyer un mail à ce sujet. Refusé, “pour ne pas encombrer les boîtes mails”. Je me tais.

18:08

J’ai beaucoup travaillé ce dossier. La délibération que je propose est raisonnable, objectivement irréfutable. Je déballe mon argumentaire. J’explique l’intention de la réforme : payer à la performance plutôt qu’à l’indiciaire. J’explique ses dangers, mais aussi ses opportunités et les conditions de ces opportunités : les différences de revenus doivent être vraiment incitatives. Malheureusement, ce n’est pas le cas : moins d’un euro net par mois entre les groupes de la catégorie C. Je propose de les classer dans le même groupe : ça ne coûterait que 3700€ par an. Tous les collègues seraient payés pareil et on s’épargnerait commissions et angoisses. J’ai fini, j’attend les réactions.

18:12

La présidence se tait. Pas un mot. Par ce mutisme, mon travail est pulvérisé. Je me sens humilié. La discussion factice laisse place au pur rapport de force. Peu importe qui a raison, seul compte qui a le pouvoir.

18:13

J’insiste péniblement, seul. Silence. Encore. Silence. Le président indique finalement que les représentants des syndicats sont de toutes façons contre ma proposition. Une proposition qui ne coûte rien et favorise les personnels. Gêne. Regards fuyants. Honte, peut-être fantasmée. C’est violent.

18:15

Je sors ma dernière carte : “Quels sont les bénéfices attendus de la réforme ?”. Silence de nouveau, moins stratégique, plus pesant. Ça dure. Les choses sont maintenant claires : il n’y a strictement aucun bénéfices avouables à cette mise en oeuvre.

18:17

Je demande à ce que ma délibération soit mise au vote. Le président estime que les élus ne peuvent pas proposer de délibération.

L’opposition s’oppose. Approuvé. Et on passe à autre chose.

18:18 – SFC

Une élue propose une délibération. Elle est accueillie avec bienveillance par le président qui l’accepte sans réserve. L’élue est sur la liste présidentielle. Ça compte. Sans doute pas une question de loyauté ou d’accord politique. Plutôt une simple question de rapport de force. Si ces voix silencieuses venaient à manquer, c’est tout ce système qui s’écroulerait.

18:24

Je décide de voter la délibération des élus de la majorité : la création d’une commission. Ca ne changera rien. Inutile d’espérer une réciproque, mais c’est la première fois qu’un élu sur cette liste prend une initiative au CA. Et ça a été dur pour eux. Violent même. Ca doit être salué.

Approuvé.

18:26 – Centre de primatologie

Je n’aime pas l’idée de commercialiser des primates. Ça n’a même pas l’air d’être vraiment rentable. Je me tais. Ce ne sont même pas les questions. Les services nous font une explication technique. Nous tenons une position politique. Incompréhension mutuelle, mais respectueuse et sympathique.

L’opposition s’oppose. Approuvé.

18:35 – Capacités d’accueil

Des composantes débordent. Les « capacités d’accueil » de l’université pour la rentrée 2019 sont constantes ou en baisse. Pour rétablir un rapport de force avec le ministère, les élus étudiants de l’AFGES souhaitent que le CA ne les adopte pas. Peut-être cela permettra d’obtenir les moyens pour les augmenter.
La présidence estime que ce rapport de force est inutile puisque c’est justement en fixant des capacités d’accueil qu’on a pu admettre tous les étudiants. Ça n’a aucun sens. Les capacités d’accueil sont faites pour limiter leur nombre.

18:39

Le VP formation avoue tout de même que certains lycéens sont restés sur le carreau. Personne ne s’en émeut. Je demanderai plus tard si la commission de suivi de la réforme s’est réuni. On me répondra que non. C’est elle qui est censée traiter de ces questions.

18:42

Un collègue soulève que cette décision n’appartient pas au CA, mais à la CFVU. Le président dit que c’est faux. Le collègue lit le texte de loi. Le président dit que dans ce cas, l’université est dans l’illégalité depuis 10 ans. Nous sommes invités à aller au tribunal administratif si ça ne nous convient pas.

18:44

J’estime que le procédé consistant à planquer dans l’ordre du jour du CA les point rejetés dans les autres conseils est indéfendable. Le président le défend quand même et assume de continuer.

L’opposition et l’AFGES s’opposent. Approuvé.

18:45 – Cotisations du cabinet de la présidence.

Ces cotisation explosent : 240k€ (+30%). 30k€ pour la CPU, 50k€ pour la LERU (+7k€), 78k€ pour l’UNF3S (+55k€). Pourquoi ? Il n’y a pas vraiment d’explications, c’est comme ça.

18:49

J’insiste. Le président finit par dire que c’est une goutte d’eau dans les 500M€ de budget de l’université. Je réplique que les 3700€ nécessaire pour le RIFSEEP sont encore plus une goutte d’eau. Il me répond que mon argument n’a aucun sens. On rigole. Il nous le reproche, feint de ne pas comprendre.

L’opposition s’oppose. Approuvé.

18:53 – Point divers

Le président nous souhaite bonne vacances. Tout le monde est pressé que ça finisse. J’ai encore des questions. Je me sens comme l’emmerdeur de service. Mais je les pose quand même.

18:54

On parle vaguement de Parcoursup, mais pas du fond. Jamais. Trop risqué. L’université risque d’être en mauvaise posture depuis qu’un sénateur et des associations de parents d’élèves l’ont mis en demeure de communiquer les méthodes de tri des candidatures. On me répond qu’on va essayer de faire comme si ces méthodes n’existaient pas.

18:56

Je demande si l’université va apporter son soutien aux lycéens maltraités deux jours auparavant. Le président dit qu’il n’a été témoin de rien. Il justifie l’utilisation de la force. Les lycéens n’ont rien à faire sur le campus. Beaucoup ne seraient pas lycéens. C’est faux. Tout le monde s’en fout.

19:03

Le monde est debout. Ca papote. Certains partent. Je vais sur le balcon. Au 5ème, la vue est superbe. Notre université est superbe. Je commence à peine à en connaître les richesses. Pourtant, on la précipite contre un mur. J’ai envie de chialer.

19:06

Un jeune élu étudiant passe par là. On discute. Il ne s’attendait pas à autre chose. Sans illusion. Même ce change, nous avons failli à le donner. Nous n’arrivons même plus à faire semblant. Seule compte le rapport de force, la brutalité. Je fais bonne figure, essaye d’en rire. C’est comme ça.

19:10

Je souhaite de bonnes vacances au président. Il ne répond pas.

19:15

Je traverse seul le campus. Emotions étranges. Une collègue me rattrape. Elle me remercie pour mes interventions. Je manque encore de chialer.

19:20  

On arrive au restau de fin d’années. Quelques élus d’opposition autour de la table. Tout le monde sourit, mais personne n’est dupe. On remarque que cela fait deux ans que nous sommes élus. Je réalise qu’il nous reste encore deux ans.

Je lâche “Putain, deux ans”. Et tout le monde se marre.

Motion des élus et personnels de l’Université de Strasbourg sur la hausse des frais d’inscription pour les étudiants étrangers

Motion proposée par les élues et élus aux trois conseils sur les listes Alternative, signée par plus de 250 personnels.

Les élus et personnels de l’Université de Strasbourg se prononcent fermement contre la hausse discriminatoire des frais d’inscription dans l’enseignement supérieur, ciblant les étrangers extra-communautaires, annoncée par le Premier ministre Édouard Philippe.

Ils adressent toute leur solidarité aux étudiants et doctorants étrangers que notre établissement accueille aujourd’hui et accueillera à l’avenir.

Ils souhaitent que leur université agisse conformément à ses valeurs humanistes en refusant d’appliquer cette mesure, ainsi qu’en la condamnant publiquement.

Ils estiment que cette mesure sera contre-productive à tout point de vue[1], y compris du point de vue économique[2].

Ils constatent que la seule annonce de cette mesure, prise sans concertation, a déjà eu des effets néfastes sur les étudiants étrangers en France, comme sur ceux qui envisagent d’y venir, et donc un effet néfaste sur notre renommée internationale et notre attractivité. Ces effets ne pourront être amoindris que par une rétractation publique immédiate.

[1] Communiqué de l’AUREF (Alliance des Universités de Recherche et de Formation) : Droits d’inscription pour les étrangers extra-communautaires

[2] Rapport de la Cour des comptes : Les droits d’inscription dans l’enseignement supérieur

Revue de presse du 16/12/2018

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